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Conjoncture et marchés

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Panorama économique

Si les perspectives économiques mondiales sont dans l'ensemble inchangées, il faut remarquer néanmoins un relatif essoufflement de l'activité au sein de certaines zones géographiques. C'est notamment le cas de l'Europe, dont les dernières statistiques ressortent en dessous des estimations des spécialistes. La récente publication des différents indicateurs avancés en est la parfaite illustration. L'indice PMI IHS Markit Composite, qui indique le niveau de confiance des chefs d'entreprises dans les secteurs manufacturiers et des services, est en repli de 1,9 pt en mars à 55,2. Il s'agit du chiffre le plus faible depuis 14 mois (cf. graph ci-dessous).

Évolution de l'indice PMI Composite IHS Markit

Un constat identique peut se faire à l'examen des autres annonces spécifiques à chaque pays. En Allemagne, l'indice IFO « anticipations », véritable baromètre de l'activité future est en baisse pour le 4e mois consécutif et s'éloigne de son point le plus élevé de novembre 2017. Plus volatile, mais tout aussi observé par les acteurs de marchés, l'indice ZEW représente le degré de confiance des investisseurs allemands. Sur sa composante perspectives, ce chiffre accuse un retrait prononcé sur le mois précédent, et retrouve son niveau de septembre 2016. La tendance est identique en France selon la dernière enquête mensuelle de l'INSEE. L'indice général du climat des affaires faibli en mars (-1 pt à 108) et revient 5 mois en arrière. Faut-il pour autant s'inquiéter d'une telle situation en anticipant un retournement de conjoncture ?

Rien ne permet de remettre en cause un scénario de croissance durable de la zone euro.

En effet, ces publications décevantes sont en partie liées à la faiblesse des sous indicateurs de « production et des nouvelles commandes ». Ces enquêtes mettent en relief des contraintes de capacité résultant du dynamisme économique de ces derniers mois. Il en résulte une hausse sans précédent des délais de livraison. Pour simplifier le débat, l'offre n'arrive plus à suivre la demande. Parmi les causes évoquées, on cite un manque d'investissement de la part des entreprises sur ces dernières années, et des difficultés à recruter du personnel adapté. Les perspectives de croissance de la zone euro ne sont donc pas modifiées pour 2018 avec un consensus proche de +2,3%, justifiées par une bonne tenue de la consommation (baisse du taux de chômage) et par une poursuite des dépenses d'investissement des sociétés.

Si l'Europe marque le pas sur ce 1er trimestre, la situation américaine ne montre à ce jour aucune ambiguïté. Les principaux indicateurs avancés d'activité connaissent en mars un léger effritement, mais restent cependant sur une base absolue élevée conforme à des anticipations de progression du PIB supérieures à +2%. Du côté des industriels, le moral est au « beau fixe » à en juger par les récents indicateurs avancés comme les ISM ou les PMI peu éloignés des plus hauts depuis 15 ans. Le seul élément qu'il conviendra de surveiller dans les prochains mois est lié à l'évolution des coûts en amont. En effet, les directeurs d'achat se préoccupent de la progression significative des « prix payés », dont le sous-indice représentatif est au plus haut depuis avril 2011.

Corrélation entre l'évolution du salaire dans le privé et le % des entreprises qui souhaitent augmenter leurs salariés aux US (Source D8 Global Research).

La question de l'impact sur la rentabilité de l'entreprise ou de la répercussion de ces hausses de prix sur le client final pourrait prochainement être posée. Dans un registre équivalent, il faudra surveiller l'évolution des salaires qui avait été un de principaux éléments d'inquiétude des marchés début février. Depuis, l'augmentation du salaire horaire se situe sur une base annuelle de +2,7%, progression considérée comme modérée à ce jour, si on prend en compte la faiblesse du taux de chômage inchangé depuis plusieurs mois à 4,1%. Mais la situation pourrait évoluer. Comme l'indique le graphique ci-contre, les entreprises qui souhaitent accorder des hausses de salaires sont de plus en plus nombreuses. Sur ces chiffres actuels (avancés de 9 mois), la revalorisation des revenus pourrait tangenter la barre des +4% ! Si cette situation devait se matérialiser, le risque inflationniste ressurgira, et mettra sous pression les membres de la Fed pour durcir davantage leur politique monétaire. Mais, nous n'en sommes pas encore là...

MArchés Financiers

Après un départ d'année tonitruant, notamment Outre-Atlantique, les marchés financiers ont renoué avec la volatilité et plusieurs motifs d'inquiétudes. Parmi ceux-ci, on pouvait noter en février les premières tensions salariales et ses conséquences sur l'inflation. Par la suite, la volonté de l'exécutif américain de vouloir rééquilibrer les échanges commerciaux avec ses partenaires économiques, sous peine de relever les barrières douanières, a « jeté un froid » sur tous les principaux marchés financiers. En effet, la tentation d'une guerre commerciale, avec la Chine notamment, pourrait se traduire par un net ralentissement du commerce international, et in fine de la croissance mondiale. Les valeurs technologiques ont également fait les frais des nombreux tweets du président américain.

Ce secteur étant accusé de maltraiter le commerce traditionnel et les informations, sur des fuites orchestrées des données personnelles via le spécialiste des réseaux sociaux Facebook, n'ont fait qu'amplifier ce mouvement de défiance vis-à-vis des géants de la Silicon Valley. En tout dernier lieu, la géopolitique est aussi de retour avec un nouveau refroidissement des relations entre les États-Unis et la Russie.

Dans un tel contexte, avec des informations parfois contradictoires d'une journée sur l'autre, les investisseurs ont fait preuve d'une grande prudence. Ceux-ci ont de nouveau cherché refuge dans les marchés obligataires souverains. Ainsi, contrairement aux anticipations, les rendements des emprunts d'État ont repris le chemin de la baisse sur les plus hauts de début février.

Le taux de l'OAT française à 10 ans est ainsi revenu sur cette période de 1,03% à 0,74%.

La croissance économique mondiale reste une réalité qui devrait se prolonger au moins jusqu'en 2019

Évolution des prévisions de bénéfices des actions européennes par exercice (Source Natixis)

Cependant, le « fonds du décor » n'a pas changé. La croissance économique mondiale reste une réalité qui devrait se prolonger au moins jusqu'en 2019. Dans cet environnement, les entreprises auront la capacité d'afficher une nouvelle progression des bénéfices. Cela sera le cas des sociétés américaines favorisées par la réforme fiscale décidée fin 2017, mais également pour les entreprises européennes.

D'après les analystes financiers, les déceptions sur les prévisions de bénéfices des sociétés de la zone euro font partie du passé. Les bénéfices par action ont progressé en moyenne de 10% l'année dernière, et la tendance devrait rester la même sur 2018 (cf. graphique ci-contre).