XX/XX/2015
Entreprises Dossiers Financer la cession de l?entreprise

Ingénierie financière |

Financer la cession de l'entreprise

Pour le repreneur comme pour le cédant, la cession est l'occasion de donner une nouvelle impulsion à l'entreprise en lui évitant les turbulences de la transmission. Le capital transmission a pour vocation le financement de cette transition, avec pour objectifs la sécurisation de l'opération et la pérennité de l'entreprise. Christophe Tournier, directeur exécutif chez CM-CIC  Investissement, nous explique comment.

Transcription de la vidéo

Le capital transmission

Christophe Tournier, comment définissez-vous le capital transmission ?

CT : Très simplement, le capital transmission c'est le fait de financer en fonds propre la transmission des entreprises. L'activité de private equity, qui est celle du financement des entreprises en haut de bilan, comporte trois segments qui s'adressent à l'entreprise à différentes étapes de la vie de celle-ci. La première, c'est le capital innovation, qui consiste à financer les jeunes pousses technologiques, les sociétés en devenir ou en création. La seconde, c'est le capital développement, qui s'adresse à des sociétés plus mûres, où il s'agit de financer le développement à côté d'un bloc actionnarial, par exemple une famille majoritaire. Et enfin, le capital transmission, c'est là que nous intervenons, qui comme son nom l'indique, concerne le financement de la transmission de l'entreprise. Autrement dit, de sa cession, lors d'opérations qui sont toujours chargées d'un certain nombre d'aléas, et notamment avec une dimension psychologique assez forte. À ce titre, deux solutions sont possibles. La cession industrielle : le cédant remettant son entreprise entre les mains d'un confrère ou d'un concurrent industriel ; ou l'acquisition totale ou partiel du capital par un actionnaire financier mais qui n'interviendra jamais seul. Il sera toujours « en attelage » si je puis dire, avec un management existant, celui de la société, ou un management à renforcer à travers une technique qui, en général, fait appel au LBO, et c'est là que nous intervenons.

La mise en œuvre du LBO

Concrètement, comment intervenez-vous ?

C. Tournier : Nous nous positionnons clairement comme l'un des acquéreurs du capital de la société, ou plutôt exactement de la holding de reprise qui va racheter la société. Nous intervenons toujours au capital de cette société avec le management existant ou avec un nouveau management, avec éventuellement à nos côtés d'autres dirigeants, ce type d'opération étant pour eux l'occasion de « monter au capital », avec éventuellement les actionnaires familiaux cédants, voire le dirigeant actionnaire cédant, qui souhaite réinvestir une partie de son patrimoine dans l'opération, et bien entendu éventuellement d'autres actionnaires financiers. En vérité, il s'agit de quelque chose de très souple, à géométrie très variable, et que l'on adapte au cas par cas en fonction de chacune des typologies de sociétés auxquelles on est confrontés.

Les opérations de LBO ont été très controversées, en quoi votre approche est-elle « différente » ?

C.Tournier : Très clairement, le LBO, c'est un fantastique outil. Il a permis de transmettre et de céder dans des conditions sécurisées des milliers de sociétés sur le marché français et sur le marché européen. Pour autant, il est bien certain que ce type d'outil, comme tous les outils, a pu être dévoyé dans au moins deux directions : la première, c'est trop de dette dans la répartition du prix d'acquisition qui ont fait que les cibles ont été confrontées à des charges trop importantes. C'est la première source de dévoiement. La deuxième, c'est le court terme. C'est-à-dire d'avoir eu affaire à des objectifs de création de valeur trop courts : sur des horizons de deux à trois ans maximum. En ce qui nous concerne, nous interviendrons toujours sur des stratégies de build up, c'est-à-dire l'acquisition à partir d'une première société, de sociétés concurrentes, avec capacité à réinvestir dans le temps, et sur des horizons minimum de 6 à 10 ans. C'est une moyenne qui est bien au-delà de la moyenne habituellement pratiquée. Et je dirai qu'au-delà de la durée elle-même, ce qui important, c'est la capacité à réinvestir dans le temps. Rester 10 ans actionnaire d'une société au sein de laquelle va se présenter en année 4 ou en année 5 une belle opportunité de croissance externe, et qui nécessitera un investissement significatif, oui, c'est dans nos cordes et c'est ce que nous proposons de faire.

Quelles entreprises sont concernées ?

Dans le cadre d'une opération de capital transmission, comment sélectionnez-vous les entreprises ?

C. Tournier : On va plutôt s'intéresser à des entreprises dont la valeur d'entreprise est située entre 10 et 300, 350 millions ou 400 millions d'euros. Mais fondamentalement, c'est surtout d'un projet et de la capacité à construire un projet industriel dont il va s'agir. La question qui va se poser est la suivante : cette entreprise avec son management, existant ou à renforcer, avec sa dimension culturelle, sa dimension humaine, peut-elle constituer le socle d'une stratégie de croissance, dans une filière industrielle donnée, en Europe ou dans le monde ? Et au-delà de cela, notre actionnariat associé au management, sera-t-il la meilleure solution ?

Si vous deviez résumer en quelques mots les avantages de votre offre, que diriez-vous ?

C. Tournier : Du point de vue du cédant, c'est à mon avis une très belle alternative à la cession industrielle. Elle permet au cédant de céder en souplesse, voire en plusieurs temps, au plan patrimonial et au plan psychologique, son entreprise dans le temps. Sous l'angle du projet industriel, je dirais que c'est vraiment une solution qui est souple, qui est man½uvrante, et qui va permettre à l'encadrement de prendre en mains le devenir de l'entreprise. Au-delà ça, cela va permettre à toute une catégorie de cadres dirigeants et de personnels de monter au capital de l'entreprise. Et notre offre « fonds propres » s'inscrit dans cette longévité, dans cette relation au long cours, où finalement oui, nous serons de passage à un moment donné, pour sécuriser la transmission de l'entreprise.