Allemagne : nouvelle crise pour l'Europe ?

La politique est souvent source d'interrogations voire d'inquiétudes pour les marchés boursiers. Alors qu'ils s'étaient félicités de l'arrêt de la marée populiste aux portes de l'Europe - après les élections en France et aux Pays-Bas - c'est au tour de l'Allemagne d'entrer dans une phase d'instabilité politique. Le parti d'extrême droite AfD (Alternative pour l'Allemagne) sort renforcé de l'échec de la coalition entre le parti de l'union CDU/CSU, les libéraux (FDP) et les Verts.

Une crise politique sans précédent depuis 1949

Ce scénario inattendu ébranle Angela Merkel, figure de l'autorité allemande depuis 12 ans, et souligne une crise politique sans précédent depuis 1949. L'incapacité de l'union CDU/CSU à former un gouvernement majoritaire ouvre deux options à M. Franck-Walter Steinmeier, président de la République fédérale allemande nbsp;: décider de nommer Angela Merkel à la tête d'un gouvernement minoritaire - solution repoussée par cette dernière - ou dissoudre le Bundestag et organiser de nouvelles élections. Enfin, le retour d'une grande coalition CDU/CSU/SPD pourrait être envisagée mais Martin Schultz semble hésiter, le SPD n'ayant historiquement pas recueilli les fruits électoraux de ce choix politique.

Cette situation est préjudiciable aux réformes de l'Union Européenne

Sans gouvernement majoritaire Angela Merkel ne peut avancer sur les nécessaires réformes de refondation de l'Europe. La France semble avoir perdu son principal partenaire et la force du couple franco-allemand s'en retrouve entachée. Sans feuille de route, difficile pour Angela Merkel de se positionner sur des sujets forts, portés par Emmanuel Macron, comme le budget, le parlement ou la création d'un ministère des Finances de la zone euro.

L'optimisme européen en berne ?

Certes, les déboires d'Angela Merkel vont ralentir la dynamique de réformes enclenchée par le président français mais la croissance européenne est solide. Nombre d'observateurs envisagent même qu'elle sera supérieure à celle des Etats-Unis à la fin de cette année. Les indicateurs d'activités restent bien orientés (au-delà de 55) depuis la fin 2016 et le sentiment économique (consommateurs et chefs d'entreprises) est en hausse. Certes, la croissance de la zone euro affiche encore des disparités, notamment du fait du Royaume-Uni et des conséquences du Brexit, mais la robustesse de la conjoncture continue de se vérifier.

Les marchés d'actions sont restés insensible à la crise allemande

L'annonce de l'échec de la coalition du parti d'Angela Merkel n'a pas eu de conséquences sur les indices boursiers. La crise politique allemande n'est pas perçue comme un risque majeur pour la zone euro dont la dynamique économique à court terme est en accélération. La reprise est par ailleurs synchrone au niveau mondial et en particulier sur les marchés émergents. L'Allemagne reste le pays d'Europe qui profite le plus de cette amélioration de par son offre technologique et industrielle. Les marchés restent aussi confiants sur l'émergence d'une solution politique qui ne viendra pas contrecarrer la dynamique économique actuelle.

Les taux ont encore baissé

Les marchés obligataires n'ont pas été impactés par les incertitudes politiques allemandes et n'ont réagi qu'au discours de la BCE qui rappelle qu'elle continuera à soutenir le marché. Le 10 ans allemand a ainsi baissé de 3 bps à 0,35% sur la semaine.