Actualité financière

Détente, mais...

Dans le sillage du cours du baril de pétrole, les marchés financiers ont fortement rebondi. Le prix du baril, après avoir connu une baisse de 19% entre le 1er janvier et le 11 février, se retrouve à un niveau supérieur à celui du 1er janvier (40$ contre 37$). De même le Stoxx 600 qui mesure l'évolution des bourses européennes, après une chute de 17% sur les six premières semaines de l'année, n'abandonne plus que 5%. Il y a même certaines belles valeurs industrielles ou commerciales qui s'échangent à des niveaux supérieurs à celui du 1er janvier...

Les marchés pansent leurs blessures

On semble donc être sorti de ce cercle vicieux où l'on voyait les cours du pétrole baisser, entrainant la baisse du marché obligataire à haut rendement, entrainant la baisse du marché actions, entrainant des ordres de vente lancés par les ordinateurs, entrainant la méfiance généralisée des investisseurs et des agents économiques.

Les marchés aujourd'hui pansent leurs blessures mais le secteur bancaire sort affaibli de cette bourrasque financière. Le Stoxx banque (indice des banques européennes) est encore en repli depuis le 1er janvier de 13% en ce milieu du mois de mars, soit un retrait de 6% par rapport à l'indice général.

Un regain de méfiance

Pourquoi ce regain de méfiance par rapport aux banques européennes, alors qu'on pensait qu'elles avaient traité la crise des subprimes, renforcé leurs fonds propres et diminué leurs risques ? Pour une série de raisons liées à la baisse du pétrole et des matières premières, au ralentissement économique global, aux taux d'intérêt bas voire négatifs, au renforcement des exigences de la régulation bancaire.

Ainsi, les banques européennes sont beaucoup plus exposées que leurs cons½urs américaines (3 à 6 fois selon certains ratios) aux entreprises du pétrole et du gaz, et ING, BNP et Société Générale leur auraient respectivement prêté 29, 25, 24 Md€.

Peut-on craindre une hausse des taux de défaut ?

Ainsi, le ralentissement économique global pourrait induire des taux de défaut en hausse sur les prêts que les banques ont accordés, taux de défaut qui est déjà très (trop) élevé dans des pays comme l'Italie, l'Espagne, le Portugal. Ainsi, la marge nette d'intérêt (marge brute sur les prêts) s'amenuise de jour en jour avec la baisse des taux. Bien plus, les banques n'osent pas pour l'instant répercuter auprès leurs clients les taux d'intérêt négatif sur leurs réserves excédentaires déposées auprès de la BCE. Ces deux facteurs pèsent sur leurs résultats et peut-être sur les perspectives de dividendes.

La BCE soutient les banques

Ainsi, les exigences de ratios prudentiels ont été renforcées suite à la dernière crise financière (2008) conduisant les banques à devoir (encore) augmenter leurs fonds propres, à réduire les activités les plus risquées et donc souvent les plus rentables.

On ne s'étonnera dès lors pas de voir qu'un chapitre important (TLTRO II) des mesures annoncées par la BCE ce jeudi 10 mars est consacré à l'aide des banques : celles-ci vont pouvoir se refinancer auprès de la BCE au prix du taux des dépôts (soit donc à un taux nul voire négatif).

Cette mesure va permettre de renforcer rapidement et à moindre coût le bilan des banques européennes et va redonner confiance au secteur, confiance qui devrait se propager à l'ensemble du marché.