Entre continuités et ruptures

Le mois d'octobre a de nouveau été marqué par des trajectoires politiques divergentes : Shinzo Abe a été reconduit dans l'Archipel nippon, Xi Jinping dans la deuxième puissance mondiale alors que, dans l'économie la plus dynamique du « big four » européen en 2017, les turbulences liées à des velléités indépendantistes ont rappelé que les évènements politiques peuvent encore semer le doute sur les trajectoires de croissance.

Une dynamique de croissance inébranlable

Cette dynamique de croissance est restée inébranlable, avec l'accélération confirmée en zone euro, la stabilisation dans des pays émergents producteurs de matières premières et le maintien d'un niveau de croissance toujours significatif chez les deux mastodontes asiatiques. La poursuite et la solidification de cette reprise reste néanmoins conditionnée par la vélocité et l'amplitude des variations des facteurs impactant la croissance : le niveau des taux d'intérêt, le niveau des parités de change, le niveau de l'inflation, l'évolution des matières premières et le contexte géopolitique.

Le niveau des taux d'intérêt

Les Banques centrales poursuivent avec dextérité la sortie lente d'une politique monétaire accommodante qui, pour les Etats-Unis, a débuté il y a plus de neuf ans. Elles continuent de piloter l'évolution des taux longs afin de ne pas pénaliser l'investissement et la consommation. Le deuxième volet, le bilan des Banques centrales, est également traité avec parcimonie, le rythme de décélération ou diminution du bilan constitue un axe majeur pour la stabilité des marchés obligataires. Mario Draghi a confirmé, pour la BCE, la sortie en douceur fin octobre et Janet Yellen n'a pas modifié le cap de la Fed, offrant ainsi un cadre stable aux acteurs économiques et de marchés.

Le niveau des parités de change

Les grandes puissances économiques demeurent des économies « ouvertes » sur le plan commercial et donc sensibles aux parités de change (Etats-Unis, zone euro, Chine). 2017 est pour l'instant une année de rééquilibrage après l'envolée du dollar en 2016 et la baisse de l'euro en raison des inquiétudes électorales.

L'absence de stress majeur sur une devise de référence constitue un gage de stabilité pour la croissance mondiale.

  • La dévaluation du yuan s'est arrêtée contre le dollar et les devises émergentes se sont stabilisées (toujours à l'exception du peso argentin et de la livre turque).
  • Le yen poursuit sa baisse, la BoJ n'ayant pas un calendrier de politique monétaire en ligne avec la BCE & la FED.
  • Le niveau actuel de l'euro-dollar ne constitue pas un frein à la zone euro. Le niveau d'1,30-1,40 étant un seuil plus critique.
  • Le franc suisse continue de corriger sa surévaluation face à l'euro et la livre sterling d'évoluer au gré des négociations sur le Brexit.

Le niveau de l'inflation et l'évolution des matières premières

Le rebond des matières premières enclenché en avril 2016, contrarié pendant le premier semestre 2017, a retrouvé une trajectoire haussière fin juin, porté par :

  • Le rebond du baril de pétrole à plus de 60$ sur le brent (quotas saoudiens, baisse de la production de pétrole de schiste américain, remise en question de l'accord iranien de l'administration Trump, conflits en Irak...).
  • La reprise des métaux en raison des bonnes surprises macroéconomiques chinoises : en glissement annuel +6,6% de la production industrielle, +8,1% des exportations / +18,7% des importations.

Avec l'effet de retard sur l'inflation, cette embellie permettra d'éviter de mauvaises surprises sur les niveaux d'inflation en fin d'année. Les autres composantes de l'inflation ne permettent pas encore d'atteindre les objectifs fixés par les Banques centrales (2%).

Le contexte géopolitique

La visibilité et la stabilité fiscale et politique sont essentielles afin d'encourager l'investissement et la consommation.

Le Brexit a, par exemple, déjà commencé à avoir des conséquences négatives pour le Royaume-Uni. Les investissements privés dans le secteur manufacturier sont ainsi en berne depuis le vote de sortie (en territoire négatif sauf sur un trimestre - le T1 2017).

L'évolution de la situation en Corée du Nord, les risques de retour de l'instabilité politique au Brésil, les populismes ou indépendantismes au sein de l'UE ou enfin les turbulences internes du gouvernement Trump peuvent peser.

Ces éléments peuvent, dans les deux sens, revitaliser (réformes fiscales) ou amputer la croissance et seront les éléments de risque principaux à monitorer.