Actualité financière

Faut-il avoir peur de/pour l'euro ?

Le traité de Maastricht a fêté le 7 Février 2017, ses 25 ans. C'est peu dire que la célébration fut modeste. A l'heure du Brexit, de l'élection de D.Trump et de la montée en puissance des partis populistes, l'euro ne fait plus rêver. La monnaie unique aurait même tendance à inquiéter les principaux créanciers de la zone.

L'euro ne fait plus rêver ?

Au même titre que le rejet des grandes idées dominant l'après-guerre : mondialisation, libéralisme, accroissement des échanges, libre circulation, l'euro souffre d'un désamour croissant de la part des populations européennes.

La monnaie unique aurait été mal conçue dès sa genèse, imposant une même politique monétaire à des pays structurellement différents. La possibilité d'emprunter à des taux bas durant les premières années de la création de la zone aura été vite éclipsée par l'éclatement de la crise financière en 2008. Comment relancer son économie sans une politique monétaire différente de celle de ses principaux concurrents et sans marge budgétaire ?

La zone euro n'est pas encore perçue comme un ensemble

La solidité d'une zone monétaire se traduit par sa capacité à être perçue comme une entité unique, protégeant ainsi chacun de ses membres contre une attaque spéculative entrainant une impossibilité de se financer sur les marchés financiers. L'hétérogénéité actuelle dans les taux de financement des pays membres de la zone euro est un exemple concret de la perception des investisseurs sur le fait que la zone euro n'est pas encore perçue comme un ensemble.

Des différences structurelles fortes entre les pays membres

Des différences structurelles profondes existent entre chacun de ses membres. Depuis l'avènement de l'euro, les pays du « Nord » n'ont fait qu'accroître leurs excédents extérieurs compte tenu de leur modèle de spécialisation économique industrielle tandis que les pays du « Sud » accroissaient eux leurs déficits (modèle de spécialisation économique plus basé sur des services souvent non exportables). La hausse de l'endettement extérieur des pays déficitaires de la zone euro fut également facilitée par l'absence officielle du risque de change. Contrairement à ce qu'il se passe aux Etats-Unis au niveau fédéral, il n'existe aujourd'hui aucun mécanisme de péréquation organisé entre ces deux « Europe ». Ce constat risque de perdurer si les pays du « Nord » et à leur tête l'Allemagne ne se décident pas à dépenser ! La commission européenne que l'on ne saurait accuser de prôner la prodigalité, a elle-même enjoint l'Allemagne, les Pays -Bas et le Luxembourg à investir. L'Allemagne a bénéficié pour ses exportations, ces dernières années, d'une devise plus accommodante que le deutsche mark, qui lui, aurait été réévalué. Elle a en outre tiré avantage de la main d'œuvre d'Europe de l'Est, de sa démographie et de son faible budget militaire.

La monnaie unique est un bouc émissaire

Un certain nombre de leaders politiques ont fait de la monnaie unique leur bouc émissaire. Ces craintes expliquent les derniers mouvements de vente par les investisseurs étrangers des actifs libellés en euros et notamment les obligations d'Etats. Les investisseurs craignent en effet, un éclatement de la zone euro en cas d'élection d'un parti anti-européen. Dans ce contexte les prochaines élections présidentielles et ou législatives aux Pays-Bas, en France, en Allemagne et en Italie constitueront des étapes majeures pour l'avenir de la zone.

Pour parer au manque de visibilité actuel, l'investisseur financier n'a pas d'autre choix que de diversifier les devises de ses actifs : franc suisse, dollar et yen et de s'intéresser de près aux actifs réels comme les actions, les matières premières et l'immobilier.