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Le pessimisme ambiant ne doit-il pas être relativisé ?

Alors que les principales places boursières affichent un fort repli en août, effaçant pour certaines une grande partie des gains de l'année, les pronostics alarmistes alimentant la volatilité des marchés se multiplient. Faut-il faire écho aux Cassandre ou, au contraire, faut-il relativiser ?

Les marchés se sont focalisés sur les éléments perturbateurs

Dans un monde raisonnable et rationnel, l'amélioration de la conjoncture économique aux Etats-Unis - sur les fronts de l'emploi et de la croissance - et l'hypothèse, pourtant crédible, d'un taux de croissance européen proche de 1,5% soutenu par des parités de change, des prix des matières premières et des résultats d'entreprises bien orientés, auraient dû pondérer les craintes concernant l'effondrement des prix des matières premières et le ralentissement chinois. Ces dernières sont certes déstabilisantes et potentiellement susceptibles d'affecter le rythme de reprise, mais cela n'est pas certain.

L'effondrement du prix du pétrole reflète un déséquilibre offre/demande

Même si elle peut être interprétée comme une conséquence d'un ralentissement mondial, il nous semble que la chute du prix du pétrole trouve sa justification dans un déséquilibre offre/demande imputable à l'accroissement spectaculaire de la production américaine dans les gaz et pétroles de schistes. Devenue auto-suffisante, la production nord-américaine (10% de la demande mondiale) pèse sur l'équilibre budgétaire des pays producteurs dont une proportion significative des recettes est liée au prix de l'or noir. Indépendamment du Moyen-Orient, l'Amérique latine est concernée (Brésil, Venezuela) ainsi que la Russie et une large partie de l'Afrique.

Le ralentissement chinois est une conséquence de sa modernisation

La Chine, en tant que grande puissance, cherche à moderniser son économie. Elle doit s'affranchir de son modèle de développement fondé sur la compétitivité de ses exportations industrielles basée sur des dévaluations salariales ou de sa devise. Elle ambitionne de développer son marché intérieur afin d'être moins dépendante des exportations et d'accroitre la part du tertiaire dans son économie. Les autorités chinoises ont entamé un processus de normalisation portant sur le dégonflement des bulles financières et des parités de change tendanciellement moins administrées. Ces mesures ont déboussolé les bourses asiatiques dont la lecture simpliste validerait une économie proche de la récession.

Le pessimisme ambiant ne doit-il pas être relativisé ?

Il est logique de constater un tassement de la croissance chinoise, l'activité de service affichant des taux de progression moindre que dans l'industrie, les gains de productivité y étant moins élevés par nature et moins bien comptabilisés. Rappelons que le renminbi jusqu'à peu s'était apprécié suivant la hausse du dollar et que la baisse récente corrigeait un excès pour une économie encore très dépendante de ses exportations. Les éléments rassurants tels que 3,7% de croissance au T2 aux Etats-Unis et 1,5% en Europe ont été minimisés entrainant un fort repli des principales bourses mondiales.

La réaction des marchés nous semble exagérée

La normalisation des politiques monétaires des Banques centrales, tant redoutée, est loin d'être engagée. Il nous semble peu probable que la Réserve fédérale américaine s'engage à court terme dans un processus de restriction des liquidités qui risquerait de casser la reprise économique. En Europe, les indicateurs encourageants se multiplient : croissance positive, inversion (modeste) de la courbe du chômage, désendettements des ménages et surtout des entreprises, reprise des économies du Sud de l'Europe. La BCE poursuivra son programme de soutien quantitatif, a minima jusqu'en septembre 2016, en maintenant les taux obligataires proches de zéro.