Actualité financière

Vers l'irréversibilité ?

Les principales Banques centrales occidentales se retrouvent face à un curieux dilemme. Après avoir injecté des milliards de dollars de liquidités depuis 2008, les instituts d'émission devraient se préoccuper de réduire leur soutien à l'économie. Les marchés financiers supporteraient-ils le sevrage ?

La Réserve fédérale repousse l'échéance

La Réserve Fédérale annonce et reporte depuis 18 mois sa première hausse des taux. Malgré des interventions directes, des rendements obligataires proches de zéro et des taux monétaires en territoire négatifs, l'objectif de 2% d'inflation semble hors de portée. L'excédent de production industriel, la perte du pouvoir de négociation des salariés du fait de l'abondance de main d'½uvre et la préférence des ménages à épargner au détriment de la consommation sont quelques explications à ces pressions déflationnistes. L'effondrement des prix des matières premières participe à ces tensions en pénalisant les pays producteurs et comprimant la demande adressée aux pays développés.

Un cycle inhabituel

Les marchés financiers ne supporteraient pas un sevrage de liquidité qui se traduirait par une remontée des taux d'intérêt, des pertes en capital pour les principaux détenteurs de dettes souveraines et une rechute de confiance des milieux d'affaires. En Europe où la reprise est encore plus poussive qu'aux Etats-Unis personne ne s'interroge sur la fin du Quantitative Easing en septembre 2016 mais sur sa prorogation voire son extension. La sortie de récession aux Etats-Unis date de 2009 et le resserrement monétaire aurait classiquement dû intervenir dès 2014.

Les atermoiements des autorités monétaires sont bien compréhensibles

Mais nous sommes dans une situation inédite, les politiques non conventionnelles des Banques centrales ont permis d'éviter une crise majeure sans toutefois permettre de revenir à une croissance forte. Elles doivent composer entre des taux nuls favorisant la spéculation et les bulles financières et le risque de ralentissement voire de récession qu'une remontée sensible des taux ferait courir à l'économie.

Les réussites ne doivent pas pour autant être occultées

La croissance américaine semble solidement installée autour des 2%. Le pays se désendette (modérément), l'immobilier se porte mieux, la contrainte budgétaire est desserrée et l'emploi s'améliore. En Europe, la convergence des taux d'intérêts est réelle, le secteur bancaire sécurisé, les parités de change réajustées et le climat des affaires moins anxiogène. Ces succès sont fragiles et la probabilité d'inverser les facteurs de soutien exclue. Une faible hausse des taux américains est déjà intégrée mais pourrait se traduire par quelques séances volatiles avant que les forces de rappel ne stabilisent les indices.

Les marchés d'actions européens conservent leur attrait

Dans les prochains mois les coupes des budgets d'exploration des compagnies pétrolières et la baisse de la production américaine devraient rétablir les prix pétroliers à un niveau plus satisfaisant pour les pays producteurs et enrayer le contexte déflationniste ne serait-ce que par effet de base. Les marchés d'actions européens, en particulier, conservent leur attrait, les profits sont attendus en progression en 2016 permettant des distributions de dividendes très au-dessus des taux considérés à tort sans risques. Cette classe d'actifs ne doit pas être négligée à la condition d'accepter une certaine dose de volatilité.