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Conjoncture et marchés avril 2026

Panorama économique

Les perspectives économiques font toujours preuve d’un manque de visibilité depuis le début du conflit militaire au Moyen Orient. La question qui reste primordiale, afin de déterminer quelle sera l’ampleur des impacts négatifs des tensions actuelles sur la croissance et l’inflation au niveau de chaque pays, reste concentrée sur l’agenda et l’évolution des relations entre les responsables actuels de l’état iranien et le duo américano-israélien. Après plusieurs semaines de combat intensif, qui a généré la destruction de nombreuses infrastructures énergétiques locales et le quasi-blocage du détroit d’Ormuz incontournable pour la livraison de 20 à 25% du pétrole et du gaz naturel liquéfié sur le plan mondial, un premier compromis entre les parties concernées pourrait se dessiner. Il doit valider un cessez-le-feu pendant deux semaines (ou plus ?), avec dans le meilleur des cas, la réouverture du fameux détroit permettant aux bateaux spécialisés de transiter dans les deux sens. Pendant cette période, il s’agira de trouver une solution convenable à tous les belligérants qui justifiera alors la fin de cette guerre. Par conséquence, la concrétisation rapide ou non d’une telle hypothèse déterminera alors le prix futur du pétrole.

Prévisions des cours du pétrole (Brent) selon différents scénarii (SGE – avril 2026)

Selon le schéma présenté ci-dessus, un scénario relativement favorable, fondé sur des concessions réciproques de la part des américains et des iraniens, pourrait permettre un réajustement à la baisse des cours du pétrole par rapport à leur plus haut niveau atteint le mois précédent. Toutefois, il semble peu probable que les prix de l’or noir reviennent sur les points bas de fin 2025. En effet, sauf à envisager un changement radical du régime iranien dirigé à ce jour par les gardiens de la révolution ayant un dogmatisme plus sévère que les responsables politiques précédents, les cours du Brent devraient intégrer une prime de risque. Celle-ci prendrait en compte une insécurité durable au niveau du détroit d’Ormuz, reflétant de possibles interventions militaires des iraniens, souhaitant également imposer une sorte de « droit de péage » à tous les navires transitant par ce chemin. Mais la pire des hypothèses concernerait une reprise du conflit militaire avec une nouvelle intensification des combats, pouvant aller jusqu’à un débarquement de militaires américains sur le sol iranien. Cela pourrait avoir comme conséquences de fortes tensions sur les cours du pétrole, qui dépasseraient alors les sommets atteints au début de la guerre russo-ukrainienne. Cette éventualité ne semble cependant pas le scénario central, dans la mesure où le président américain est sous pression politique à court terme. En effet, les prochains événements liés au 250ième anniversaire des États-Unis le 4 juillet prochain et les élections à mi-mandat du 3 novembre 2026 vont obliger Donald Trump à présenter une économie américaine dynamique, en tenant compte du sentiment des ménages qui est particulièrement sensible aux prix du gallon d’essence. En parallèle, le coût de la guerre, estimé selon les spécialistes à plus d’un milliard de dollars chaque jour, va accentuer le déficit budgétaire qui devra être approuvé par le Congrès.

 

Au-delà de la situation économique spécifique aux États-Unis, les différentes configurations sur l’évolution des futures négociations, avec ses répercussions sur les cours des matières premières énergétiques, auront des répercussions sur l’ensemble de l’activité mondiale.

Cela va concerner en premier lieu la croissance. Comme déjà évoqué le mois précédent, il semble peu probable que la croissance mondiale parvienne à se maintenir sur un rythme de progression au-dessus de la barre des +3% compte tenu des incertitudes géopolitiques du moment. Si ces dernières disparaissent dans les prochaines semaines, l’impact négatif sur l’activité sera alors limité, grâce principalement à une moindre remontée de l’inflation qui dégrade le pouvoir d’achat des consommateurs. Dans un scénario très différent, synonyme d’une poursuite du conflit militaire au Moyen-Orient et d’un cours du pétrole proche des 150$ par baril, la croissance du monde ralentirait sensiblement pour « tomber » à +2%. En conservant un biais constructif, il semble néanmoins que l’économie globale soit capable d’afficher une relative résistance aux « vents contraires », et pourrait ainsi rebondir, soit sur le second semestre 2026 ou en 2027 comme le montre le graphique ci-dessous.

Prévisions de la croissance mondiale en fonction des scénario envisageables (Capital Economics – avril 2026)

Toutefois, au-delà d’une vision mondiale de l’économie, certains pays devraient être plus sensibles à cet environnement délicat.

Cela sera notamment le cas du continent européen qui demeure encore très dépendant des variations des prix de l’énergie. Même si le schéma actuel n’est pas aussi négatif que celui connu à partir du 22 février 2022 (ouverture de la guerre russo-ukrainienne), les pays européens sont loin d’être autonomes sur le plan énergétique, comme par ailleurs de nombreux pays asiatiques. La progression des cours du pétrole et du gaz risque de générer une faible croissance lors du second et troisième trimestre 2026. L’hypothèse d’une récession ne peut être exclue comme le montre le graphique ci-dessous, dans l’hypothèse d’un prolongement durable du conflit iranien.

Trajectoire trimestrielle de la croissance européenne selon l’évolution du conflit militaire au Moyen-Orient (Capital Economics – mars 2026)

Il conviendra également de suivre de près l’attitude des banques centrales. Certes, sans surprise, l’inflation va augmenter dans les prochains mois. Mais le plus important réside dans l’évolution des prix de détail sur la durée. Tout dépendra des cours des énergies fossiles, mais aussi des potentiels effets indirects, comme ceux liés aux prix des produits alimentaires et aux hausses des salaires. Les banques centrales vont donc demeurer vigilantes, et adapter leurs actions en fonction des facteurs décrits précédemment. Cela va se traduire par un certain pragmatisme de la Fed avec un statu quo, alors que la BCE pourrait prendre l’initiative de rehausser modérément ses taux directeurs d’ici la fin de l’année.

Projections des politiques monétaires de la Fed et de la BCE (Kepler – avril 2026)

Marchés Financiers

Les marchés actions ont abordé le début d’année 2026 dans des conditions particulièrement favorables, portés par des politiques budgétaires expansionnistes en Europe, aux États-Unis et au Japon couplées à des perspectives d’assouplissements monétaires de la part de la Réserve Fédérale Américaine et de plusieurs banques centrales émergentes.

Le régime de volatilité historiquement faible a néanmoins basculé brutalement à compter du 27 février, lorsque les frappes aériennes conjointes entre Israël et les États-Unis ont été lancées contre l’Iran, remodelant instantanément le paysage géopolitique et macro-économique mondial.

Indice de volatilité sur les actions américaines (VIX) (source Datastream, avril 2026)

Le cessez-le-feu iranien annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril a entrainé une nette baisse de la volatilité et un rebond sur les marchés, même si la situation reste fragile. Dans ce contexte, les marchés actions ont baissé de -5,8% (MSCI World NR en euros) entre le 27 février et un point bas atteint le 27 mars, mais ont nettement rebondi depuis.

Performances des indices actions en 2026 en euros (source Datastream, 15 avril 2026)

Les performances varient d’une zone à l’autre selon le degré de sensibilité de chaque pays au choc pétrolier. Les actions européennes ou émergentes asiatiques, plus exposées aux flux commerciaux en provenance du Moyen-Orient, ont perdu -2,5% et -3,4% respectivement depuis le début d’année alors que les actions américaines, plus immunisées, sont en hausse de 1,3%. Somme toute la correction a été assez limitée en termes absolus mais aussi relativement aux pertes enregistrées lors de conflits historiques de même nature.

Si le rebond des marchés constitue un signal constructif, de nouvelles vagues de réduction du risque pourraient encore survenir avant qu’une reprise durable ne s’installe. Dans cette optique nous maintenons une exposition neutre aux marchés actions sur l’ensemble de nos portefeuilles.

A l’heure actuelle, l’enjeu principal pour les investisseurs réside moins dans la prévision de l’évolution du conflit à court terme, que dans ses répercussions sur l’environnement macro et micro-économique à moyen terme. Dans la mesure où le conflit a sensiblement perturbé les équilibres géostratégiques dans la région du Golfe et même au-delà, il semble raisonnable de penser qu’une prime de risque va perdurer et maintenir le prix du baril de pétrole au-delà des 65 dollars qui prévalaient avant le conflit.

Cette hausse du prix de l’énergie et des dérivés des produits d’hydrocarbures se répercuteront directement sur l’inflation globale rendant les baisses de taux plus difficiles à justifier par la Réserve Fédérale Américaine au moins dans les trois à six prochains mois. Au-delà, elles ne peuvent être exclues puisque le marché du travail commence à montrer des signes de faiblesse et que des taux hypothécaires élevés continuent à gripper le marché immobilier américain. La Banque Centrale Européenne est confrontée à des tensions encore plus vives sur l’inflation, dont la stabilité reste son principal mandat. Le consensus anticipe donc deux hausses de taux directeurs de la BCE d’ici la fin de l’année.

La croissance constitue également une source de préoccupation, la hausse du prix de l’énergie pénalise les consommateurs, notamment à faibles revenus, alors que les entreprises sont plus enclines à repousser leurs décisions d’investissements dans un contexte de visibilité réduite.

Sur la partie obligataire nous observons un aplatissement des courbes de taux de part et d’autre de l’Atlantique sous l’effet d’une hausse des taux longs (impact du conflit sur les budgets des Etats et taille des dettes souveraines) mais aussi des taux courts (inflation plus importante et attitude plus restrictive des banques centrales). Cet aplatissement nous semble cohérent avec un scénario central d’un conflit de courte durée permettant une baisse du prix du pétrole au deuxième semestre pour se stabiliser autour des 80 dollars le baril d’ici la fin 2026.

Coté obligations d’entreprises, les spreads (prime contre un risque de défaut) sont restés relativement stables. Les fondamentaux des sociétés les mieux notées – segment « investment grade » – sont solides, les rendements sur la classe d’actifs sont attractifs et les éléments techniques favorables, avec beaucoup de demande et une offre mesurée en matière de nouvelles émissions.

Nous observons un peu plus de volatilité sur le segment des obligations « à haut rendement » notamment sur celles émises par des entreprises européennes plus consommatrices d’énergie, par nature plus fragiles.

Dans ce contexte nous restons sélectifs en privilégiant les obligations de plus grande qualité puisque certains rendements obligataires dans la catégorie « à haut-rendement » nous semblent insuffisamment compenser les investisseurs contre le risque.

La trajectoire s’est davantage compliquée sur les marchés actions, certains indices ayant effacé l’intégralité des pertes du mois de mars alors que les impacts directs et indirects du conflit au Moyen-Orient sur l’inflation et la croissance diffèrent en termes de nature et d’amplitude selon les régions.

La question que les investisseurs se posent aujourd’hui est de savoir si les marchés peuvent revenir au schéma qui prévalait en début d’année caractérisé par la surperformance des actions européennes et des marchés émergents par rapport aux actions américaines ou des petites capitalisations européennes.

Depuis fin mars, le consensus n’a pas réellement revu sa copie en matière de prévisions bénéficiaires mais les attentes de croissance pour 2026 sont très solides. Elles s’échelonnent entre 13% pour les actions européennes, 19% pour les actions américaines et plus de 40% pour les actions émergentes. Au cours des trois derniers mois elles ont même été revues à la hausse aux États-Unis et sur les marchés émergents sous l’effet de perspectives plus positives sur le secteur de la technologie. A l’inverse elles ont peu évolué en Europe, alors que la croissance et les marges des entreprises sont plus exposées au choc énergétique.

Au début du conflit, les marchés mondiaux hors États-Unis affichaient une hausse de 9% sur l’année, contre 0 % pour les États-Unis. Cette divergence entre performance boursière et évolution des fondamentaux s’est donc soldée par une compression des multiples de valorisation des sociétés américaines. Après un pic à 23,5 fois atteint en octobre 2025, le ratio de prix sur les bénéfices attendus à 12 mois est retombé à 20 fois, un plus bas sur deux ans. Rapporté à la croissance annualisée, le « PEG » (Price to Earnings Growth) ratio est revenu au même niveau que celui du marché mondial, un renversement de tendance notable par rapport à sa prime historique. Les niveaux de valorisation sur les actions européennes se sont détendus puisque leur ratio de P/E est de 14 fois, une légère décote par rapport à leur moyenne de long terme mais qui pourrait disparaitre sous l’effet de révisions bénéficiaires négatives. Nous sommes donc plus confiants à court terme sur les actions américaines.

Evolution des ratios de prix/bénéfices par actions à 12 mois (Source Datastream, avril 2026)

Les perspectives sur les marchés émergents sont également bien orientées. Malgré des fondamentaux solides, la classe d’actifs était sous-représentée dans les portefeuilles des investisseurs et a bénéficié d’un important afflux de capitaux en début d’année. Celui-ci s’est tari en mars, mais il devrait reprendre. A cet effet, nous notons la publication de données chinoises solides en début d’année, notamment une croissance du PIB de 5% au premier trimestre, une inflexion notable par rapport aux chiffres décevants publiés l’an passé.

Sans surprise, le choc pétrolier a engendré une corrélation fortement positive entre les classes d’actifs en début de conflit, notamment entre les obligations souveraines et les actions mais aussi l’or. Seuls l’énergie et, dans une moindre mesure, le dollar, affichaient des performances en hausse. Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu le prix du baril de Brent conserve une prime d’environ 30 dollars par rapport à son niveau d’avant crise, puisque nous ne sommes pas à l’abri d’une reprise des hostilités.

L’éventualité d’un scenario adverse souligne la nécessite de diversifier la composition de son portefeuille afin de le rendre plus robuste.

A cet effet, et à défaut de pouvoir être directement exposé aux matières premières, les actions d’Amérique Latine semblent intéressantes. L’indice de la zone est majoritairement exposé au Brésil (60% environ) l’un des plus gros exportateurs de matières premières dans le monde. En termes sectoriels, l’énergie, les ressources de base et les services aux collectivités représentent 40% de l’indice. Ainsi, la revalorisation du prix des matières premières va se concrétiser à travers une poursuite des révisions haussières des bénéfices des entreprises sur la zone, déjà attendus en croissance de +21% en 2026. Malgré un excellent parcours boursier depuis le début d’année, les actions latino-américaines s’échangent sur des niveaux de prix rapporté aux bénéfices par actions de 11 fois, une décote d’environ 15% par rapport aux marchés émergents qui n’est pas justifiée. La baisse des taux réels orchestrée par la banque centrale brésilienne et l’appréciation du real brésilien (grâce notamment à une plus grande stabilité budgétaire) sont aussi des éléments très positifs.

Evolution des actions d’Amérique Latine vs indice de matières premières (source Datastream avril 2026)