Panorama économique
La directrice générale du FMI, madame Kristalina Georgieva, semble décrire correctement la perception du monde économique en ce début d’année dans son dernier rapport. Selon son analyse, « la croissance mondiale devrait demeurer résiliente… Cela tient à la neutralisation de forces divergentes ». Ce qui sous-entend que les problématiques liées aux contraintes commerciales imposées par le président américain sont compensées par la dynamique positive des nombreux investissements dans les nouvelles technologies, dont l’Intelligence Artificielle, et par le soutien budgétaire et monétaire. Dans ces conditions, le
Une partie de cet ajustement vers le haut s’explique par la bonne tenue attendue de l’activité outre-Atlantique. Une évolution qui peut surprendre après une attitude très contrastée et perturbante du président américain depuis le début de l’année.
En effet, ce dernier n’a cessé de remettre en cause l’ordre géopolitique mondial, avec même des actions surprenantes comme l’intervention militaire au Venezuela. La pression sur le Groenland a obligé les européens à se positionner contre cette nouvelle vision du monde, en étant solidaires avec le Danemark. La situation s’est également nettement dégradée du côté iranien avec de nombreuses options possibles pour la suite qui sont à ce jour très délicates à anticiper. Cependant, ces tensions géopolitiques ne perturbent pas les acteurs américains. Et notamment les ménages américains qui maintiennent une consommation dynamique malgré quelques interrogations. La principale d’entre elle concerne le marché de l’emploi qui montre régulièrement des destructions de postes, dans le secteur privé, en dehors des secteurs liés aux services et à la santé. Mais à ce jour, en dépit d’une hausse modérée du taux de chômage et d’un repli de la confiance de consommateurs (mesurée notamment par l’enquête du Conference Board), les ventes de détail résistent, et devraient continuer à participer à la croissance américaine. Cependant, l’anticipation d’une progression de plus de 2% du PIB en 2026 dépendra également de la bonne tenue des investissements surtout dans le secteur de l’Intelligence Artificielle comme cela a déjà été le cas en 2025, en faisant référence au graphique ci-contre. Un tel contexte devrait se prolonger en 2026, et contribuer à la croissance américaine dans les prochains mois. Les récentes déclarations des entreprises comme Amazon et Alphabet, qui souhaitent investir respectivement 200 et 180 milliards de dollars en 2026 dans l’IA, contribuent à soutenir ce scénario.
Au-delà des espoirs attendus sur une économie bien orientée en Amérique du nord, le même sentiment prévaut sur le vieux continent pour les prochains trimestres.
Si l’exercice 2025 a montré une croissance satisfaisante (+1,5%) en zone euro, il faut reconnaitre que celle-ci était déséquilibrée. En effet, les principaux pays de cette zone, que sont l’Allemagne et la France ont connu une activité décevante, particulièrement outre-Rhin. Cela n’a pas été le cas des pays considérés comme moins puissants. Comme le montre le graphique ci-dessous, l’Espagne, qui représentant 10% du PIB de la zone euro a contribué à hauteur de 20% à la croissance. Mais, ce sont surtout les chiffres de l’Irlande qui sont spectaculaires. Ce « petit pays », qui réalise 5% du PIB euro, explique à lui seul 40% de la performance économique de l’Europe en 2025.
Qu’en sera-t-il en 2026 ?
Comme espéré depuis de nombreux mois, avec l’annonce d’un plan de soutien à l’activité en Allemagne de la part du chancelier Friedrich Merz, il est attendu enfin la concrétisation d’une telle décision. Force est de constater qu’à ce stade, les lenteurs opérationnelles du système politique fédéral ont retardé ce processus de développement. C’est ainsi que seulement 5% d’un budget de 500 milliards € ont été réellement dépensés sur les 12 derniers mois dans les infrastructures. Mais, la situation devrait en principe s’améliorer dans les prochains trimestres. Dans ce scénario, la production allemande pourrait ainsi progresser entre +1% et +1,3% en 2026, et rester sur un rythme équivalent les années suivantes. L’ensemble de l’Europe va donc profiter d’un tel environnement, y compris la France, avec des tensions politiques qui se sont sensiblement amoindries suite au vote du budget national.
Dans le reste du monde, de nombreux pays développés et émergents vont également contribuer à la croissance mondiale.
Tout d’abord le Japon, dont la toute récente large majorité politique du parti de la 1ère ministre Sanae Takaichi, va lui permettre de mettre en place son programme de soutien de l’activité. En restant dans un cadre budgétaire déficitaire maîtrisé, il est prévu une relance des dépenses de l’état qui permettra enfin de dynamiser l’économie domestique en 2026.
La situation chinoise peut paraître plus délicate, avec toujours des problématiques structurelles, comme le vieillissement sensible de la population et l’absence d’amélioration du secteur immobilier. Ces éléments étaient déjà présents l’année dernière, et cela n’a pas empêché le PIB chinois de progresser de +5% grâce à l’excellente tenue des exportations. Il est probable que l’exercice 2026 soit d’un calibre presque équivalent (+4,5%).
Marchés Financiers
La perte soudaine de dynamisme du secteur technologique reflète-t-elle plus qu’une simple pause passagère ?
La question de savoir qui sortira vainqueur dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) ne sera bien entendu pas tranchée en 2026. Cependant l’ampleur de la correction sur les valeurs du secteur de la technologie constitue un nouveau test pour cette thématique. Au cours des trois derniers mois, nous avons constaté un changement de sentiment notable de la part des acteurs de marché à l’égard des acteurs de l’IA. Les investisseurs sont passés de l’euphorie à un scepticisme marqué en raison d’une part, d’un questionnement sur la viabilité du modèle économique des grands acteurs du secteur face à l’augmentation significative des investissements nécessaires au déploiement de cette technologie alors que les revenus associés sont encore marginaux, et d’autre part, de la disruption provoquée par l’IA sur certaines industries comme les sociétés de logiciels et services connexes (SaaS – software as a service) dont la pérennité des bénéfices est remise en cause. L’ampleur de la baisse était si prononcée à la fois sur les actions mais aussi sur les prêts et obligations des entreprises concernées que l’on parle désormais de « SaaSpocalypse » sur les marchés.
Voici comment l’indice S&P 1500 Software s’est comporté par rapport au S&P 1500 (source Datastream – février 2026) :
Si les réactions du marché semblent manquer de nuance, le phénomène de création destructrice engendré par l’IA est bien réel. Certains acteurs historiques vacilleront, mais d’autres s’adapteront, en intégrant l’IA, en innovant et en renforçant leur position concurrentielle créant ainsi des opportunités pour les investisseurs capables de discernement.
L’intelligence artificielle agit ainsi à la fois comme une force macro-économique affectant le marché du travail, l’inflation et la croissance à travers les gains de productivité mais bouleverse aussi les équilibres micro-économiques. D’importants mouvements de rotation sectorielle ont récemment été observés, les investisseurs se tournant vers d’autres secteurs pour trouver de la valeur, soit parce que ceux-ci sont moins exposés à l’IA, soit parce qu’ils s’échangent sur des niveaux de valorisation bien plus abordables. De ce fait, ils sont bien moins susceptibles de corriger fortement en réponse à d’éventuelles déceptions sur les fondamentaux des sociétés qui les composent. Parmi ceux-ci, les secteurs des biens de consommation courante, de la santé ou de l’énergie connaissent un regain d’intérêt. Mais il s’agit peut-être aussi moins d’un vote de défiance à l’égard des valeurs technologiques que d’une recherche de valeurs susceptibles de bénéficier d’une économie américaine plus solide.
Les publications de résultats du quatrième trimestre 2025 confirment que les entreprises américaines sont en très bonne santé. Environ 80% des entreprises de l’indice S&P 500 ont désormais publié leurs résultats et affichent une croissance des bénéfices par action de 15% contre 7% attendue par le consensus. Leurs revenus agrégés, hors financières et secteur de l’énergie, sont en passe d’augmenter de 9% en glissement annuel, soit la plus forte hausse depuis 2022, tandis que les marges nettes ont progressé de 40 points de base en glissement annuel pour atteindre un niveau record de 13,3%.
Les petites et moyennes valeurs ne sont pas en reste puisque ce segment (indice Russell 2000 en hausse de +8% en 2026) surperforme très nettement l’indice S&P 500 (+1,4%) depuis le début de l’année, ce qui indique que la croissance américaine se diffuse bien au-delà du secteur de la technologie et des investissements associés à l’IA.
Le consensus semble encore trop pessimiste au sujet de la croissance américaine en 2026. Les révisions du PIB au cours des derniers trimestres de 2025 indiquent une croissance robuste, tirée par les dépenses de consommation et les investissements dans l’intelligence artificielle. Les consommateurs bénéficient aujourd’hui directement d’une relance de 135 à 140 milliards de dollars (0,6% du revenu disponible) grâce à la loi One Big Beautiful Bill Act à travers une combinaison de remboursements plus élevés et de paiements d’impôts plus faibles équivalant à un surplus d’environ 1 000 dollars par ménage en moyenne. Parallèlement, les agences pour l’emploi ont à ce jour constaté peu de signes d’affaiblissement du marché du travail induit par l’IA.
Certes, les actions américaines sont chères – elles s’échangent sur des ratios de prix sur bénéfice par action proches des plus hauts historiques – mais elles pourraient le rester. Des niveaux de valorisation élevés ne constituent pas un frein à la performance tant que les entreprises délivrent en termes de croissance de résultats, ce qui est actuellement le cas. Malgré une volatilité qui devrait rester présente, nous restons positifs sur les actions américaines. Dans un environnement de marché qui devrait rester volatil mais somme toute positif, de nombreux investisseurs cherchent un compromis entre sécurité des obligations et potentiel de hausse des actions. Investir dans des obligations convertibles, notamment en Europe, constitue une solution intermédiaire entre ces deux classes d’actifs.
De quoi s’agit-il ?
Une obligation convertible est un titre émis par une entreprise qui fonctionne d’abord comme une obligation classique : l’investisseur prête de l’argent à l’entreprise, en échange il perçoit des intérêts réguliers et récupère son capital à l’échéance du prêt. L’investisseur possède néanmoins l’option supplémentaire de pouvoir convertir son obligation en action avant l’échéance selon des conditions connues à l’avance. Ainsi, si l’action baisse il peut conserver son obligation et continuer à percevoir les intérêts puis récupérer son capital lorsque l’obligation arrive à maturité. Si l’action progresse fortement, l’investisseur peut convertir son obligation en action et profiter de la hausse de celle-ci. La convertibilité de cette obligation permet donc à l’investisseur de participer à la hausse des marchés actions tout en limitant partiellement les pertes. Plusieurs éléments rendent les convertibles européens attractives aujourd’hui. La normalisation de la politique monétaire de la banque centrale européenne post crise du Covid a permis à la classe d’actifs d’offrir des rendements actuariels plus attractifs (de l’ordre de 1,5%) avec une maturité moyenne assez faible (3,5 années) ce qui la rend moins sensible aux fluctuations des taux d’intérêts. La qualité du gisement est également très bonne puisque les émetteurs d’obligations convertibles sont principalement des entreprises établies dotées d’une très bonne qualité de bilan. La classe d’actifs est par ailleurs très exposée sur des thématiques porteuses telles que les financières, la défense (Rheinmetall), l’aéronautique (Safran, MTU, Airbus), les infrastructures/ équipementiers européens (Vinci, Ferrovial, Schneider, Legrand) ou encore la transition énergétique (Iberdrola). Les sociétés qui émettent des convertibles connaissent généralement une période de forte croissance qu’elles financent à moindre coût, sans effet dilutif trop important du fait de leur forte génération de flux de trésorerie. L’ensemble de ces éléments explique que la classe d’actif offre actuellement un couple rendement risque attractif à moyen long terme.
Les marchés ne s’y sont pas trompés puisque les obligations convertibles européennes ont réalisé une performance de 13% en 2025 contre une hausse de 19,8% pour les actions européennes avec dividendes (indice Stoxx 600 dividendes réinvestis), et sont en progression de 2,6% environ depuis le début de l’année devançant nettement les obligations d’entreprises européennes en hausse de 0,7%.