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Conjoncture et marchés janvier 2026

Panorama économique

Le changement d’année civile ne se traduit pas, d’un point de vue macro-économique, par l’ouverture d’un nouveau chapitre de l’économie mondiale qui repartirait sur de nouvelles bases. Bien au contraire, à de rares exceptions, c’est la continuité de l’analyse de l’exercice précédent qui fait référence.

Le mois de janvier 2026 s’inscrit dans cette logique du monde économique et mondial. Même si les indicateurs d’activité concernant le mois de décembre 2025 montrent globalement un rythme des affaires plus modéré, notamment au sein des pays occidentaux, les perspectives de croissance du PIB mondial restent inchangées. Celles-ci devraient continuer à croître sur une tendance proche de +3%, comme cela apparaît dans le graphique ci-dessous :

Prévision de croissance de l’économie mondiale (Capital Economics – janvier 2026).

Cette performance sera en partie le fait de politiques budgétaires proactives (Etats-Unis, Allemagne, Japon, Chine…) malgré une détérioration des finances publiques, mais également liée à des politiques monétaires accommodantes des banques centrales qui mettent en avant le retour progressif de l’inflation vers la fameuse norme historique de +2% par an.

Cela étant, tout n’est pas forcément acquis, notamment outre-Atlantique où quelques points d’incertitude demeurent. Le principal étant le comportement du président américain, dont les conséquences peuvent perturber aussi bien les acteurs domestiques, que les principaux partenaires extérieurs des Etats-Unis. 2025 a été un bon exemple en la matière avec les annonces en avril dernier d’une forte hausse des taxes douanières sur les importations du pays.

Les tensions commerciales et les risques géopolitiques devraient persister tout au long de ce nouvel exercice. L’intervention inentendue des militaires américains au Vénézuéla, pour « prendre la main » sur cette partie du monde (et peut-être sur les réserves de pétrole et des terres rares) pourrait de nouveau être le reflet d’une réorganisation de l’ordre mondial. S’il est encore prématuré pour en juger, l’instabilité géopolitique, voire militaire, et la pression sur certains pays (Cuba, Iran, Groenland...) pousseraient les grandes puissances telles que la Chine, l’Inde, le Japon et bien sûr l’Europe à renforcer leur autonomie au détriment des grands accords internationaux, pour certains en place depuis des décennies.

L’ensemble des grandes sociétés et quelques secteurs très spécifiques, comme la technologie, l’énergie ou la défense seront sans doute impactés par une telle « redistribution des cartes » sur le plan mondial.

Mais pour l’instant, la confiance des chefs d’entreprises américains sur les données du mois de décembre ne montre pas de réelles inquiétudes. Même si des statistiques sur ce sujet affichent une légère détérioration, à l’image de l’indice PMI composite qui atteint un plus bas depuis 8 mois à 52,7, tout en demeurant en territoire de croissance.

Cependant, il conviendra surtout d’être particulièrement attentif aux éléments qui vont influencer le comportement des ménages américains dans les prochains mois. L’évolution du marché de l’emploi et celle de l’inflation sont toujours les deux facteurs qui « jouent » un rôle prépondérant dans ce domaine. A court terme, les créations de nouveaux postes ralentissement progressivement (+50 000 en fin d’année), se traduisant par une remontée modérée du taux de chômage de 0,3 point à 4,4% sur les 12 derniers mois. Une tendance qui a justifié l’ajustement vers le bas à trois reprises des taux directeurs de la Fed. Ce mouvement est par ailleurs justifié avec des chiffres d’inflation plutôt rassurants en décembre (+2,7% en glissement annuel), mais qui sont positionnés néanmoins au-delà des normes historiques.

Cette modeste dégradation de l’emploi associée à la hausse des prix de détail, dépendante en grande partie de l’ajustement des tarifs douaniers, explique le repli de la confiance des consommateurs depuis plusieurs mois. Paradoxalement, contrairement aux anticipations, la consommation des ménages américains continue à particulièrement bien résister, et explique une nouvelle fois la très bonne tenue du PIB au 3ième trimestre 2025 (+4,3% sur une base annuelle).

Cette tendance peut-elle se pérenniser en 2026 ? Les économistes restent confiants sur ce sujet malgré quelques incertitudes. En effet, la consommation dynamique des américain(e)s s’explique par le nouveau repli du taux d’épargne (cf. graphique ci-dessous) et par l’attitude d’une partie de la population la plus aisée, qui a par ailleurs bénéficié d’une revalorisation de son patrimoine liée à l’excellente performance de Wall Street.

Evolution du revenu réel personnel disponible (RPDI), de la consommation et du niveau de taux d’épargne (Capital Economics – janvier 2026).

Afin de rester confiant sur le rythme des affaires aux Etats-Unis, il sera donc nécessaire que la confiance des ménages américains s’améliore. Cette condition est essentielle si le président américain veut conserver une majorité républicaine au Congrès lors des prochaines élections de midterms en novembre prochain.

La configuration de la croissance européenne en 2026 demeure plus que jamais fondée sur la capacité de l’Allemagne à redresser enfin son activité après une décennie décevante. C’est ce qui a déjà été mis en exergue depuis de nombreux mois, par le chancelier Allemand Friedrich Merz à travers son souhait d’investir presque 1 000 milliards € lors des prochaines années dans son économie. Mais, à ce jour, de tels espoirs ne se sont pas encore matérialisés, faute d’un accord rapide sur le plan politique. Cela se traduit par une dégradation des indicateurs de confiance des chefs d’entreprises depuis un trimestre, comme le montre l’indice PMI composite en Allemagne ci-dessous.

Indicateur avancé allemand PMI composite (Trading Economics – janvier 2026).

Cependant, cette relative déception n’est pas suffisante pour remettre en cause une vision optimiste pour l’économie e la zone euro, dont la principale contribution à la croissance viendra enfin de l’autre côté du Rhin.

Parmi les autres principales zones géographiques, les pays émergents devraient également participer à la croissance mondiale en 2026. L’Asie émergente, tirée par la Chine et par l’ensemble du secteur technologique semble bien positionnée pour ce nouvel exercice. Il en sera de même pour l’Amérique Latine qui va profiter d’une inflation maîtrisée, de probables nouvelles baisses des taux directeurs et de la bonne tenue des prix des matières premières.

Marchés Financiers

Malgré un chemin semé d’embûches tant sur le front géopolitique qu’économique, les marchés auront défié tous les doutes, terminant l’année 2025 en territoire nettement positif.

Performances boursières en 2025 – source Datastream – janvier 2026.

Les actions restent les grandes gagnantes sur l’année. Les indices globaux ont enregistré une hausse d’environ 18% en devise locale mais de 6,3% en euros, le dollar s’étant déprécié d’environ 12% par rapport à la monnaie unique.

L’inversion de la tendance haussière du billet vert dans un contexte de questionnement sur l’exceptionnalisme américain et la diffusion de performances positives au-delà du marché américain sont deux éléments notables sur l’année écoulée. La thématique de l’intelligence artificielle a certes constitué l’une des principales dynamiques de marché mais elle s’est diffusée à d’autres zones géographiques que les Etats-Unis, notamment aux marchés émergents (en hausse de 15% en euros) ou à d’autres secteurs que la technologie tels les minières ou les services aux collectivités. Le marché européen faisait également partie des plus fortes hausses également (+16%) porté par les espoirs liés aux retombées sur la croissance du plan d’investissement allemand.

Les marchés de taux ont également délivré des rendements positifs mais plus modestes. Ils ont été portés par une poursuite du mouvement d’assouplissement monétaire et une plus forte appétence pour le risque qui a particulièrement soutenue les obligations à haut rendement (+4,7% aux Etats-Unis) ou bien celles émises par les pays émergents. En définitive 2025 aura illustré une leçon familière mais souvent oubliée: les marchés n’attendent pas que le brouillard se dissipe pour avancer.

Ce mouvement haussier peut-il se poursuivre en 2026, après une telle vigueur l’année passée ?

Telle est la question qui taraude les investisseurs en ce début d’année. Un premier élément de réponse est à chercher du côté des valorisations des classes d’actifs. Les actions américaines, qui représentent les deux tiers des indices mondiaux (PE à 12 mois de 23,3x) s’échangent aujourd’hui sur des niveaux flirtant avec les plus hauts historiques

Valorisations à 12 mois par zone géographique comparées aux bornes historiques – source Datastream – janvier 2026.

L’excellente performance des autres marchés, Europe en tête, laisse également peu de place pour une poursuite de l’expansion des multiples. Le moteur principal sur les marchés actions en 2026 sera donc celui de la croissance bénéficiaire des entreprises. Les attentes actuelles du consensus s’échelonnent entre +11% et +18% de hausse des bénéfices par action sur les principales zones géographiques, marchés émergents en tête. A cela s’ajouteront les rendements des dividendes qui s’échelonnent de 1 à 3% sur les principaux marchés développés.

Attentes de croissance bpa sur 2026 – source Datastream – janvier 2026.

Ces hausses de bénéfices sont soutenues par une poursuite de la croissance mondiale, une consommation résiliente, les investissements liés au déploiement de l’intelligence artificielle (et les gains de productivité associés) mais aussi liés au renforcement de la souveraineté nationale en Allemagne ou encore au Japon.

Malgré les incertitudes concernant l’évolution de l’inflation, le cycle d’assouplissement monétaire se poursuit aux Etats-Unis comme dans certains pays émergents réduisant mécaniquement le coût du capital tout en augmentant l’effet richesse et les liquidités à investir sur les marchés financiers. Dans cet environnement il semble actuellement pertinent de maintenir une légère surexposition aux actifs risqués.

Néanmoins, le contexte actuel où les situations économiques, monétaires et de politiques publiques demeurent hétérogènes et où de nouveaux équilibres mondiaux se dessinent se soldera vraisemblablement par une volatilité accrue et une distribution des risques plus asymétrique, obligeant les investisseurs à davantage de sélectivité. Il est donc nécessaire de diversifier ses sources de performances, en privilégiant des expositions où la probabilité de surprise positive et la visibilité sont les plus importantes.

Introduire parallèlement des stratégies peu directionnelles (sans biais de marché spécifique sur les actions ou les taux), structurées spécifiquement pour tirer profit de mouvements de marché plus erratiques et d’une dispersion plus forte entre les secteurs, les styles ou les titres fait également sens. Les stratégies de performance absolue (equity long/short neutres au marché, arbitrage de fusions-acquisitions ou arbitrage de crédit) exploitent spécifiquement les inefficiences et écarts de valorisation là où les stratégies directionnelles sont plus exposées aux tendances de marché. Elles offrent ainsi une protection plus implicite lors de phases de correction ce qui permet une meilleure préservation du capital au sein d’un portefeuille. Elles sont ainsi complémentaires à des stratégies directionnelles classiques puisqu’elles visent à générer une performance plus régulière, décorrélée des cycles de marché tout en offrant une volatilité maitrisée.

L’autre actif plébiscité dans un contexte d’équilibres géopolitiques instables, de défiance vis-à-vis des monnaies fiduciaires et de taux réels volatils est l’or dont le prix s’est apprécié de 65% en 2025. Les mines d’or qui ont enregistré une hausse de 150% sur la période, constituent une façon indirecte de s’exposer au métal précieux sans en avoir les mêmes caractéristiques.

Evolution des valeurs aurifères et de l’or et ratio des deux actifs – source Datastream janvier 2026)

Elles présentent certes une corrélation imparfaite avec les actions globales, et sont donc diversifiantes mais n’offrent pas le même degré de protection que l’or physique en cas de forte correction de marché. Dans un scénario porteur pour l’or, les mines d’or permettent néanmoins de capter un potentiel de performance supérieur grâce à un effet de levier opérationnel élevé. Des coûts opérationnels majoritairement fixes avec comme point mort un prix de l’or proche des 1800 dollars l’once leur permettent actuellement de dégager des flux de trésorerie records. Les minières ont par ailleurs profondément évolué par rapport au cycle précédent, réduisant leur endettement, adoptant une plus grande discipline en termes d’investissements et donnant la priorité au retour de capital à leurs actionnaires.

Elles sont donc structurellement plus robustes. Malgré la hausse substantielle du métal précieux elles s’échangent sur des niveaux de valorisations acceptables (ratio de PE à 12 mois de 12 fois contre une moyenne à long terme de 16 fois) eu égard aux perspectives de génération de flux de trésorerie à venir.

Valorisation des indices de mines d’or comparée à la moyenne de long terme – source Datastream janvier 2026)

Compte tenu de la volatilité très élevée qui leur est propre et des risques opérationnels auxquels elles font face, une exposition au secteur devra néanmoins être sélective et correctement calibrée au sein d’un portefeuille diversifié.