Panorama économique
Si le scénario du pire est en passe d’être évité après la signature d’un accord préliminaire entre les US et l’Iran, l’incertitude induite par la situation géopolitique reste importante.
Les flux dans le détroit d’Ormuz restent à des niveaux quasiment nuls et la sécurité de l’approvisionnement mondial toujours en péril dans un contexte où les marchés physiques ont continué de se resserrer : les stocks approchent désormais des niveaux de stress opérationnel (les réserves OCDE représentent moins de 60 jours de consommation).
Le marché ignore ces contraintes et a intégré le scénario d’un déblocage des flux dans le détroit :
les cours des matières premières énergétiques ont reflué sur le mois passé (Brent -27% depuis début mai autour de 83 dollars le baril), Le scénario de déblocage est retardé dans le temps mais les prix futurs intègrent toujours une normalisation des flux sur la seconde partie de l’année, et un pic de prix au T4.
Le scénario de normalisation des flux d’exportations d’hydrocarbures est conforté par l’actualité : le détroit d’Ormuz devrait être réouvert de manière imminente et les affrontements cesser. Néanmoins, les sujets contentieux, notamment le dossier sur le nucléaire fera l’objet de négociations ultérieures. Ce point pose encore des questions quant à la solidité du compromis et sa durée. L’accord ouvre donc la voie à un soulagement avec un recul progressif attendu sur les cours des matières premières énergétiques ainsi que sur les taux souverains et le USD.
Néanmoins, l’optimisme implique toujours une asymétrie du risque : si l’accord préliminaire était compromis, l’ajustement pourrait être significatif.
Source : Refinitiv, Crédit Mutuel Gestion
Le conflit a des répercussions croissantes sur l’économie réelle, avec notamment des signaux de pressions croissantes sur les prix.
Le choc actuel est considéré comme linéaire et signifie que dans le scénario central de reprise des flux, les pressions induites se résorbent avec le temps. Avec un conflit qui s’enliserait en revanche, le risque principal est celui d’une poussée inflationniste. A ce stade, ce risque est limité. L’inflation porte principalement sur la composante énergie avec un effet de diffusion limité aux indices sous-jacents. Par ailleurs, il s’agit uniquement d’un choc d’offre contrairement à 2022 où la période était marquée par une reprise de la demande globale. Dans ce contexte, le pouvoir de fixation des prix des entreprises est plus faible et se traduit par une hausse des prix de vente limitée par rapport à la hausse du prix des intrants. En parallèle, on observe une faible hausse des anticipations d’inflation à moyen terme : les swaps de taux sur les obligations d’Etat à moyen et long terme n’ont évolué que marginalement. L’inflation à horizon 5 ans est attendue à 2,7% aux Etats-Unis et à 2,3% en zone Euro, donc très légèrement supérieure à leur niveau avant le début du conflit. Enfin, la situation de l’emploi, caractérisé par une faible croissance et un faible taux de vacance, limite aussi la dynamique d’inflation prix-salaires (en particulier en zone euro).
Source : Refinitiv, Crédit Mutuel Gestion
Les banques centrales sont incitées à durcir le ton face aux tensions sur les prix. Les interventions de la Fed, de la BCE ou de la BoJ pointent vers une disposition croissance des responsables à envisager un resserrement.
Côté US, la nomination de K. Warsh à la tête de la Fed relève la barre pour une hausse des taux directeurs nominaux mais les minutes du dernier FOMC soulignent pourtant une majorité désormais en faveur de l’abandon du biais accommodant, renforcé par les chiffres robustes du dernier rapport de l’emploi. Du côté de la BCE, l’idée que l’institution ne doit pas œuvrer trop tard dans le cycle et ne doit pas attendre des effets de second tour avant d’agir a justifié une hausse des taux directeurs de 25 pb. La Banque du Japon a aussi relevé son taux directeur de 25 pb.
Le repricing sur les attentes de politiques monétaires a néanmoins alimenté la volatilité sur les taux. Les taux souverains pourraient baisser à court terme si une solution se confirme au Moyen-Orient mais la volatilité rester importante car l’incertitude reste grande. Les tensions sur le marché obligataire n’ont pas provoqué de hausse majeure de l’appétit pour le risque car elles ont été compensées par la poursuite de la hausse du marché action, qui a permis de préserver l’appétit pour le risque. Néanmoins, cela pourrait changer, la macroéconomie pourrait effectivement agir comme force de rappel.
Sur les dernières données d’activité, les répercussions liées au conflit se traduisent par un nombre croissant de surprises négatives mais également une fragmentation croissante des perspectives d’activité selon les zones géographiques. L’indice des surprises de Citi montre que les surprises négatives s’accumulent depuis le mois de mars en zone euro en particulier alors que côté américain, les données macroéconomiques continuent de surprendre à la hausse. En Chine, les dernières données ont plutôt déçu après des chiffres robustes au T1.
Ces divergences s’expliquent par des moteurs de croissance différents selon les économies, qui leur permettent d’absorber plus ou moins le choc énergétique. Ce dernier a pour effet direct un choc sur le pouvoir d’achat. Avec une consommation privée qui représente un des principaux moteurs d’activité en zone euro comme aux Etats-Unis, la croissance est nécessairement menacée. Néanmoins, aux Etats-Unis, l’effet du choc est atténué par i) les effets de richesse liée à la hausse du marché des actions (60% de consommation provient des 20% des ménages les plus aisés dont les revenus sont issus du capital plutôt que du travail) et ii) la composante investissement, principalement orientée à destination du secteur de la technologie et qui vient soutenir la croissance de manière cyclique mais aussi structurelle. L’élasticité des économies dépend aussi de leur profil exportateur : en tant qu’importateur net d’énergie, la zone euro souffre d’une détérioration des termes de l’échange. A l’inverse, la contribution positive de la demande extérieure sur l’activité aux Etats-Unis et en Chine, exportateurs d’énergie, se renforce.
Malgré des mouvements de marché indifférenciés, les perspectives de croissance diffèrent donc largement selon les zones. Les prévisions de croissance en zone euro pour 2026 sont désormais de +0.8% (contre +1.2% attendu en début d’année). Outre-Atlantique, la croissance devrait rester assez solide et stable par rapport à 2025, autour de 2,1% (2,5% attendu en début d’année). En Chine, les perspectives restent inchangées avec un léger ralentissement à 4,6% en 2026 après 5%
En 2025. Plus largement en Asie, la croissance devrait aussi avoisiner les 5%, tirée par l’activité en Inde, à Taïwan ou au Vietnam. Enfin en Amérique latine, un léger ralentissement est attendu par rapport à 2025 mais la croissance reste attendue au-dessus de 2% sur 2026.
Marchés Financiers
L’incertitude persistante relative aux conditions nécessaires pour une réouverture durable du détroit d’Ormuz n’a pas empêché les marchés financiers de se propulser vers de nouveaux sommets. À la veille du conflit, l’indice MSCI World affichait une hausse de 3% sur l’année, au 15 juin 2026 il affichait une progression de 11%. Cette reprise en forme de V n’est-elle pas le signe d’une certaine complaisance ?
Le choc énergétique induit par la fermeture du Détroit a des répercussions bien notables sur l’économe réelle dont l’impact s’est montré grandissant avec la durée du conflit. Si les conditions pour un accord semblent réunies, il convient de rester prudent dans la mesure où l’accord de paix semble fragile. Pour autant ce mouvement haussier pourrait bien se poursuivre dans la mesure où 1/ les fondamentaux des entreprises sont robustes comme on a pu le voir lors des publications de résultats du premier trimestre dernier et devraient continuer à soutenir les actions, 2/ les ratios de valorisation sont plus bas qu’en début d’année – les actions américaines s’échangent sur un ratio de PE prévisionnel (prix sur bénéfice par action) de 21 fois vs un plus haut à 23 mois mais les marchés internationaux sont moins chers et 3/ le positionnement des investisseurs sur les actifs risqués est loin d’être extrême.
Un mouvement de rotation géographique s’est néanmoins matérialisé ces derniers mois. Alors que les actions américaines sous-performaient leurs homologues européennes entre la fin 2024 et mi-2025, les premières ont repris le dessus grâce au rebond des « 7 Magnifiques » (Google/ Alphabet, Amazon, Apple, Microsoft, Nvidia, Meta, Tesla) dont la croissance de chiffre d’affaires et surtout les très fortes révisions haussières concernant leurs investissements dans l’intelligence artificielle (environ $ 750 mds de USD pour l’année 2026) ont rassuré le marché quant au potentiel de croissance et aux cash-flows futurs promis par cette nouvelle technologie.
La surperformance du secteur technologique doublée de fortes révisions haussières des bénéfices par actions prospectifs du groupe des 7 se sont soldées par une compression de leurs multiples vers des niveaux proches des plus bas sur dix ans, engendrant un retour des flux vers les actions américaines.
L’augmentation exponentielle des besoins en capacité de calcul liée à 1/ la hausse des investissements des hyperscalers, 2/ au déploiement des Large Language Models et de l’IA Agentique et 3/ à une plus grande utilisation des technologies d’intelligence artificielle au sein des sphères privées et publiques ont également soutenu la performance de l’industrie des semiconducteurs notamment des sociétés cotées à Taiwan (TSMC) et en Corée du Sud (SK Hynix, Samsung Electronics). Ces deux pays représentent environ 50% de la capitalisation boursière de l’indice MSCI actions émergentes ce qui explique en grande partie les 25% de progression des actions émergentes depuis début 2026.
Source : UBS, juin 2026
Bien qu’une période de respiration soit possible après un tel rallye boursier, nous estimons que cette tendance positive sur les semi-conducteurs et les marchés émergents pourrait se poursuivre. Contrairement à la bulle technologique des années 1999-2000, la demande actuelle de semi-conducteurs s’explique par des carnets de commandes bien réels. La taille du marché mondial des semiconducteurs a atteint $ 796 mds en 2025, soit une hausse de +26% sur un an. Selon les analystes, le marché pourrait dépasser les $ 1200 mds en 2026, soit une progression supplémentaire supérieure à 50%. L’offre actuelle de semi-conducteurs est par ailleurs contrainte puisqu’il faut environ 3 ans pour développer de nouvelles capacités de production ce qui donne aux fabricants de semiconducteurs un réel pouvoir en termes de fixation des prix et donc d’augmentation de leurs marges d’ici 2028.
Le rebond des actions européennes est moins notable puisque la classe d’actifs est en hausse de 2% sur le mois et 5,1% sur l’année (Euro Stoxx 50). Cette performance est presque entièrement tirée par les fondamentaux des sociétés qui affichent une croissance nominale solide et des révisions bénéficiaires en hausse notamment dans le secteur de l’énergie. Jusqu’ici les marges bénéficiaires des
sociétés européennes se sont montrées relativement résilientes mais la hausse du prix des hydrocarbures et la dégradation de l’activité pourraient les impacter dans les prochains mois. La valorisation des sociétés européennes n’est pas bon marché puisque la classe d’actifs s’échange sur des niveaux de PE de 14,6 fois contre une moyenne sur 20 ans de 13,2 fois. La persistance de l’inflation et les deux à trois hausses de taux attendues par le marché en zone euro d’ici la fin de l’année sont plutôt de nature à entraver une réévaluation des actions européennes. Par ailleurs, si l’Europe ne souffre pas des problèmes de concentration du marché américain, elle est bien moins exposée à la thématique de l’intelligence artificielle, le secteur de la technologie ne représentant que 9% de l’indice tandis que les secteurs liés à la consommation (plus de 15% de l’indice) restent dans l’œil du cyclone, avec des avertissements sur les résultats et des prévisions prudentes. Les perspectives en matière d’investissement et d’électrification restent favorables pour certains segments de l’industrie. Concernant le secteur financier, les banques semblent fondamentalement attractives mais leur dynamique bénéficiaire pourrait être moins soutenue à l’avenir puisqu’elles sont directement exposées au cycle économique.
Les perspectives sur les actions japonaises restent solides puisque le pays bénéficie directement de son exposition aux composants destinés à la fabrication de semiconducteurs, les réformes de la Bourse de Tokyo se poursuivent, les rachats d’actions atteignant de nouveaux sommets, la croissance des salaires s’est améliorée et les décideurs politiques devraient mettre en place de nouvelles mesures de relance budgétaire cette année. L’indice Nikkei 225 progresse de 32% depuis début 2026 avec des niveaux de valorisation qui se sont tendus (PE à 12 mois du Nikkei 225 de 20 fois). Des tensions sur les taux japonais et sur le Yen pourraient entrainer de la volatilité à court terme sans pour autant remettre en cause notre conviction sur la classe d’actifs.
Concernant le marché obligataire, nous observons un aplatissement des courbes de taux européennes et américaines via une hausse des rendements à court terme soutenus par des changements concernant les anticipations de hausses de taux directeurs de la part des banquiers centraux. En début d’année, le consensus attendait des baisses de taux de la part de la Réserve Fédérale Américaine et un statu quo côté européen – il attend désormais un statu quo aux Etats-Unis et deux hausses de taux en zone Euro. Sur les obligations souveraines, nous préférons nous exposer aux obligations à maturité courte qui offrent des taux de rendement attractifs (4,17% et 4,3% sur des obligations du Trésor américain à 2 et 5 ans ou encore 2,6% et 2,8% sur ces maturités en zone Euro) pour une moindre volatilité comparée aux obligations à 7 ans et plus. La dynamique sur les obligations d’entreprises privées reste porteuse malgré des spreads proches des plus bas historiques dans la mesure où les bilans des entreprises restent solides avec peu de dégradation de la qualité du crédit.
Source : Bloomberg juin 2026
Nous conservons une préférence pour les obligations souveraines émises par les marchés émergents en dette locale qui bénéficient à la fois d’un niveau de rendement plus attractif (6,3% pour l’indice JP Morgan de dette émergente émise en devise locale) comparé aux pays développés mais aussi un potentiel d’appréciation des devises émergentes contre euro intéressant. Après avoir boudé cette classe d’actifs entre 2019 et 2023, des flux acheteurs la soutiennent à nouveau.