Les impacts de la guerre en Iran sur les marchés financiers
Il aura fallu attendre le 28 février pour constater le principal évènement de ce mois, à savoir le lancement d’une offensive américano-israélienne à l’encontre de l’Iran, ainsi que la réplique de Téhéran qui cherche à régionaliser le conflit via des frappes dans divers pays du Golfe.
La très grande majorité des arbitrages à l’œuvre sur les marchés financiers en février a ainsi été chamboulée dès les premières séances du mois de mars.
Seule constante, la hausse des prix de l’énergie a fortement accéléré, tant pour le Brent1 (+19% à 83 $/b depuis début février) que pour le gaz européen (TTF∇: +42% à 55 €/MWh), conséquence des frappes touchant les infrastructures énergétiques du Golfe et la fermeture officieuse de détroit d’Ormuz. Le cours de l’or est lui-aussi logiquement resté orienté à la hausse dans ce contexte (+5,7% en février à 5174 $/once).
Toutefois, la trajectoire des taux souverains est tout autre. D’abord pressurés à la baisse par l’anticipation du conflit qui a porté les actifs refuge, ainsi que les craintes désinflationnistes et contracycliques liées à la généralisation de l’IA et à ses effets disruptifs, les rendements obligataires souverains américains ont fortement rebondi depuis le déclenchement du conflit (10 ans : +12 pb vs une baisse initiale de 20 pb et un point bas sous 4%).
Dans ce contexte, les marchés d’actions américains ont également reculé, aussi pénalisés par les craintes liées à l’IA (S&P 5002 : -1,8% depuis le 1er février ; Nasdaq-1003 : -3,3%). Le répit offert par l’annulation des tarifs réciproques et de ceux liés au fentanyl par la Cour suprême n’a pour sa part été que de courte durée : le président américain a en effet annoncé dans la foulée l’instauration de nouveaux droits de douane à hauteur de 10% ainsi que la mise en œuvre d’enquêtes afin de rétablir des tarifs différenciés par secteurs d’activité ou par pays.
Mais c’est bien en Europe que le retournement des marchés d’actions a été le plus douloureux, d’une part car la hausse préalable en février a été bien plus marquée (nouveau record historique à 635 pour le Stoxx Europe 6004), et d’autre part car l’exposition du Vieux continent au conflit est plus prononcée (18% des importations énergétiques passent par Ormuz vs 2% pour les Etats-Unis). Il en va de même pour les marchés obligataires, le rendement des obligations allemandes à 10 ans ayant gagné +14 pb depuis le 27 février à 2,78% (-6 pb cumulé depuis le 1er février). L’euro (-2,0% face au dollar depuis le 1er février), de son côté, est pénalisé par l’anticipation d’une dégradation de la balance commerciale en cas de prix des hydrocarbures durablement élevés. Ceci n’empêche pas de souligner les diverses statistiques économiques favorablement orientées publiées ces quatre dernières semaines en zone euro (bonne tenue des indices d’activité PMI5 à 51,9 pour le composite ; PIB allemand à +0,3% en glissement trimestriel au T4-2025).
Le constat est similaire en Asie, où les indices subissent des prises de bénéfices depuis le début du conflit, abandonnant tout ou partie de la performance accumulée en février (depuis le 1er : Hang Seng6 : -7,8% ; Topix7 : +1,9% ; Kospi8 : -2,5%). Notons enfin, au Japon, que la Première ministre S. Takaichi a remporté les élections législatives avec une majorité des deux tiers à la Chambre des représentants. Ainsi, malgré une forte volatilité, le yen s’est malgré tout renforcé de +1,7% face au dollar.