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Céder son entreprise, et ouvrir un nouveau chapitre

Revendre son entreprise ne marque pas toujours la fin d’un parcours. Fondateur de Cheerz puis d’Electra, Aurélien de Meaux incarne une génération de dirigeants pour qui la transmission devient aussi un levier de réinvention.

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Temps de lecture : 2minutes

Épisode 2 – Pourquoi les patrons transmettent-ils plus tôt ?

AM : Au-delà de l'envie d'entreprendre, ce qui m'amuse beaucoup, c'est le fait de vivre des aventures fortes, avec pas mal d'adrénaline, pas mal d'enjeux, pas mal d'impact.

AF : Qui n'a jamais eu envie, un jour, de changer de vie ?

Aujourd'hui, cette réalité touche aussi les patrons. Or, quand on est patron, ouvrir un nouveau chapitre, ça passe souvent par une décision très concrète

Céder son entreprise. Un choix qui intervient de plus en plus tôt.

Mais comment ça s'organise concrètement ? Comment passe-t-on de la vie d'avant à la vie d'après ? En France, 37 000 entreprises ont changé de main en 2024, et 10 fois plus de cessions sont prévues d'ici 2030. Or, pour les dirigeants qui passent le flambeau, ça ne signifie pas forcément la fin d'une carrière. La moitié ont moins de 55 ans. On parle même d'un nouveau profil de cédant plus jeune avec un besoin de se renouveler.

D'ailleurs, parmi les moins de 50 ans qui envisagent de céder, plus d'un quart souhaitent se consacrer à un autre projet.

Pour incarner ces nouvelles aspirations, je rencontre Aurélien De Meaux. Après avoir cofondé Cheers, une entreprise d'impression photo, il crée Electra, spécialisée dans la recharge ultra rapide de véhicules électriques.

Bonjour Aurélien.

AM : Bonjour Alexis.

AF : Je te propose qu'on remonte le temps jusqu'à ta première aventure entrepreneuriale.

En 2010, tu as créé Cheers. C'était un gros succès. Alors, qu'est-ce qui t'a poussé à t'en séparer ?

AM : Écoute, c'était une très belle aventure, mais c'était ma première aventure entrepreneuriale. J'avais besoin, je pense, de découvrir un peu autre chose parce que ça faisait des années, des années et j'avais toujours fait que ça, que je faisais du e-commerce et en l'occurrence de la vente de produits photos.

On arrive, je pense, à un moment à un plafond de verre. Je ne sens pas qu'on va pouvoir exploser dans les 3-4 années qui viennent. Donc voilà, ça s’est fait comme ça, et évidemment qu'il y a un enjeu patrimonial puisqu’à ce moment-là, on tire le parti de 8-10 ans de travail avec son capital.

AF : Donc en 2018, avec ton associé Antoine Le Conte, vous décidez de revendre la boîte.

AM : Oui.

AF : Qu'est-ce qui se passe concrètement quand on se fait racheter ?

AM : Ce qui se passe concrètement, c'est qu'on a un actionnaire qui a 100%, du coup un actionnaire stratégique.

Donc là, en l'occurrence, CEWE. C'est qu'on n'a plus d'investisseurs, mais on a un actionnaire de référence et c'est eux qui ont le board (trad : conseil d’administration). Donc, on a quand même aussi le petit sentiment d'avoir un peu moins de liberté forcément.

Après, il y a deux types de ventes. Soit c'est une vente dans laquelle le fondateur ou le dirigeant part le lendemain. Ce n'était pas mon cas et puis ce n'est quand même pas le cas général. En général, il y a quand même une petite période de transition à minima. Et quand je dis petite, nous on l'a fait trois ans, ce n'est pas si court.

AF : Ton conseil numéro 1 pour une cession réussie ?

AM : Comme à la présidentielle, les 100 jours post-deal (trad : après la cession), être exemplaire, beaucoup aller voir son acquéreur, faire tous les efforts possibles pour que vraiment cette première impression, elle soit bonne et que ces trois premiers mois soient réussis.

AF : Quel est le rôle du banquier dans la cession ?

AM : Le rôle du banquier, je pense, c'est de faciliter la transaction, de s'assurer que les négociations commerciales, légales, etc. arrivent à trouver des points de convergence. L'idée, c'est comment on fait, comment on s'organise ? On a gagné un petit peu d'argent : comment est-ce qu'on peut l'investir de manière intelligente et le placer de manière intelligente ?

AF : Du coup, en 2020, tu as créé Elektra. C'est quoi l'objectif ?

AM : L'objectif, fondamentalement, c'est d'aider tout le monde à passer à la voiture électrique.

AF : Est-ce que tu penses que cette envie d'entreprendre, elle te fera vibrer encore longtemps ?

AM : Oui. Après, moi, au-delà de l'envie d'entreprendre, ce qui m'amuse beaucoup, c'est le fait de vivre des aventures fortes, avec pas mal d'adrénaline, pas mal d'enjeux, pas mal d''impact, avec des gens qui sont des gens de grande qualité.

AF : Merci Aurélien.

AM : Merci à toi.

AF : Finalement, ce que nous raconte le parcours d'Aurélien De Meaux, c'est avant tout l'histoire d'une nouvelle génération de dirigeants.

Une génération qui pense et repense sa trajectoire professionnelle, recherchant davantage de sens, de liberté et d'impact.

Changer de vie ne relève pas uniquement de l'illusion. Pour certains dirigeants, c’est une option très concrète, qui passe par une décision longtemps perçue comme un point final : céder. En France, 37 000 entreprises ont changé de mains en 2024 et 370 000 sont susceptibles d’être transmises d’ici 2030, soit près de 3 millions d’emplois concernés. La transmission s’impose ainsi comme un sujet économique de fond, et une question de trajectoire pour les dirigeants eux-mêmes.

Cette évolution tient notamment au profil des cédants. Aujourd’hui, la moitié a moins de 55 ans, signe que la vente d’une entreprise n’est plus seulement associée à la retraite ou à la succession. Pour un nombre croissant de dirigeants, elle devient une manière de repenser son parcours. Chez les moins de 50 ans qui envisagent de transmettre leur société, 26% souhaitent se consacrer à un autre projet. Céder plus tôt ne signifie pas se retirer, mais redéployer son temps, son énergie et son patrimoine vers une nouvelle séquence professionnelle.

Le parcours d’Aurélien de Meaux s’inscrit dans ce mouvement. En 2010, avec son associé Antoine Le Conte, il cofonde Cheerz, une entreprise d’impression photo. Puis en 2018, il décide de revendre au groupe allemand CEWE. « C’était le bon moment pour nous, étant donné que c’est un petit marché, je sentais qu’on avait atteint un plafond de verre », explique-t-il.

Passer de la vie d’avant à la vie d’après

Une cession ne se joue pas seulement au moment de la signature. Elle se prépare en amont, dans la qualité de la relation qui se noue avec l’acquéreur. Pour Aurélien de Meaux, un dirigeant qui envisage de vendre doit prendre le temps de connaître son futur acheteur, de comprendre sa personnalité, ses motivations et sa manière de travailler. Comme lui, bon nombre de cédants potentiels accordent de l’importance à cette dimension. Selon Bpi France Le Lab, 40% citent les qualités humaines du repreneur comme critère prioritaire en vue de la transmission.

Cela compte d’autant plus que, dans bien des cas, la vente ne signifie pas un départ immédiat. « Il faut être exemplaire dans les 100 jours post-deal », résume Aurélien de  Meaux. Après la cession de Cheerz, il restera trois ans dans l’entreprise. L’occasion d’accompagner la transition, et de penser l’après.

Car derrière la vente d’une entreprise se joue en réalité une transformation plus large. La cession devient un moment charnière, qui ouvre une nouvelle phase de structuration personnelle et professionnelle. Céder revient à convertir des années de travail en capital disponible, avec tout ce que cela implique en matière d’arbitrages, de projection et de réallocation. Dans ce contexte, 85% des cédants potentiels déclarent avoir besoin d’un accompagnement.

À ce titre, le banquier - qui intervient en amont pour accompagner la transaction - joue aussi un rôle crucial post-vente. Redéployer le capital, préparer un nouveau projet éventuel : la cession suppose des conseils adaptés et une capacité à penser l’après dans toutes ses dimensions, notamment patrimoniales.

La vie d’après, entre réorganisation et nouveau projet

Pour Aurélien de Meaux, un nouveau chapitre s’ouvre alors en 2020, lorsqu’il crée Electra, une entreprise spécialisée dans la recharge ultra-rapide de véhicules électriques. Plus qu’une reconversion, cette nouvelle aventure prolonge une aspiration déjà présente : continuer à entreprendre, mais dans un projet aligné avec une recherche d’impact. « Ce qui m’amuse beaucoup, c’est le fait de vivre des aventures fortes avec pas mal d’adrénaline, pas mal d’enjeux, pas mal d’impact », explique-t-il.

Pour une nouvelle génération de dirigeants, la cession n’est donc plus seulement la fin d’une histoire entrepreneuriale. Elle peut devenir un levier de transformation, à la croisée des enjeux de patrimoine, de liberté et d’impact.

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