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Conjoncture et marchés octobre 2026

Nos experts décryptent pour vous la situation économique internationale et vous informent des principales tendances des marchés financiers. Vous êtes mieux informé. Vous avez des clés supplémentaires pour décider.

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Temps de lecture : 2minutes

Malgré une activité mondiale encore solide, la flambée des prix de l’énergie et la remontée des taux ravivent les incertitudes et la prudence s’impose. Sur les marchés, la résistance des valeurs technologiques masque une fragilité croissante, avec des performances de plus en plus concentrées et des valorisations exigeantes. Alors que les besoins de financement s’intensifient et que les perspectives bénéficiaires sont mises à l’épreuve, nous adoptons une allocation plus mesurée et accordons une attention toute particulière à la diversification des allocations.

Panorama économique

L'économie mondiale résiste bien, mais les risques en lien avec l’inflation et la hausse des taux créent un climat d'incertitude qui justifient un peu de prudence.

Une activité encore solide mais qui se fragilise

Les données d’activités continuent de surprendre à la hausse et confirment que le dynamisme de l’activité se maintient. Les indicateurs de confiance des entreprises (PMI) ont notamment souligné que l’expansion se poursuit à la fois dans l’industrie et les services. L’optimisme des entreprises globales est au plus haut depuis 7 mois. Les prévisions de croissance réelle du PIB du consensus restent relativement inchangées par rapport au début de l’été avec une croissance globale attendue autour de 2,7%.

Toutefois, la consommation reste en proie aux pressions sur les prix avec des salaires réels qui baissent. Le stock d’épargne a permis aux ménages de continuer à consommer mais ce dernier n’est pas inépuisable. Par ailleurs, la hausse des taux d’intérêt limite aujourd’hui le recours au crédit. La consommation est donc susceptible de ralentir. Les investissements dans la technologie restent massifs mais progresseront moins vite sur les prochains mois, tandis que la hausse du coût de l'argent pèse sur l'immobilier et les entreprises.

La crise énergétique toujours déterminante dans l’évolution des perspectives

La principale variable sur l’orientation des perspectives reste en lien avec l’environnement géopolitique. Or les perspectives d’évolution du conflit restent très incertaines.

Les flux d’exportations du Golfe ont partiellement repris mais la crise s’est élargie avec de nouvelles attaques des Houthis en mer Rouge et en Arabie Saoudite. Les contraintes sur l’offre restent donc considérables. Les prix de l’énergie ont continué à progresser en septembre avec le baril de Brent qui traite au-dessus des 100 USD/pb et le gaz européen à plus de 80 EUR/MWh. En parallèle, les contraintes sur les capacités de transformation se renforcent et font aussi progresser les prix des produits raffinés.

Nous ne retenons pas de scénario d'escalade pour autant. La guerre coûte cher à toutes les parties, ce qui les incite à chercher un apaisement. Mais les désaccords sont trop profonds pour espérer une résolution rapide. Les prix resteront volatils et les perturbations pourraient durer jusqu'à mi-2027.

Evolution de l’inflation & du Brent

Source : Refinitiv, Crédit Mutuel

Dégradation des perspectives d’inflation

La persistance du choc énergétique continue d’alimenter les risques haussiers sur l’inflation avec une accélération des prix à la consommation et une intensification des pressions attendues des entreprises et des consommateurs, bien que l’inflation reste pour l’instant sous-contrôle avec l’absence de spirale prix-salaires.

Durcissement des politiques monétaires

Face à l'inflation, les grandes banques centrales ont agi en septembre : les taux de référence ont été relevé de 25 pb pour la Fed (taux à 3,75-4%, première hausse depuis juillet 2023), la BCE (taux de dépôt à 2,5%) et la Banque du Japon (1,25%). L’actualisation des projections officielles montre que d'autres hausses ne sont pas exclues prochainement. D’ailleurs d’ici fin 2027, les marchés anticipent actuellement au moins 3 relèvements additionnels pour la Fed, 4 pour la BCE et presque autant pour la Banque du Japon. Ces attentes semblent excessives car rien ne prouve pour l'instant une accélération durable de la demande. Les taux à court terme pourraient donc se détendre légèrement d'ici la fin de l'année.

Obligation : du rendement mais pas de paris sur la durée

Les taux longs restent en revanche orientés à la hausse et les niveaux de rendements commencent à rendre les obligations plus attractives. Difficile néanmoins de prédire que les taux ont atteint leur pic. Les besoins de financement des États augmentent, aucun effort budgétaire rapide n'est en vue et le pétrole reste élevé. Autant de facteurs qui soutiennent des taux longs élevés. De plus, les taux à court terme (plus de 3% en Allemagne, 4,8% aux États-Unis à 2 ans) rémunèrent déjà correctement avec moins de duration, ce qui réduit l'intérêt de s'exposer aux échéances longues pour le moment.

France : la défiance s’installe

Les rendements des obligations françaises ont particulièrement progressé sur les dernières semaines. La dynamique traduit une dégradation des fondamentaux qui combinent une croissance quasiment nulle, une dette proche de 120% dont la charge s’accroit et alimente un effet boule de neige. La fragmentation du pouvoir au sein de l’Assemblée nationale et l’approche des élections présidentielles complique l’émergence d’un consensus pour l’adoption d’un budget 2027 et de mesures d’assainissement. Les risques se focalisent donc sur de nouveaux dérapages budgétaires. L’écart de rendement de 10 ans français par rapport au Bund atteint 140 points de base, au plus haut depuis 2012. L'écart actuel semble déjà refléter un à deux crans de dégradation. Actuellement notée A+, les principales agences de rating (Fitch, Moody’s et S&P) se prononceront sur la situation de la France d’ici fin novembre.

La BCE serait-elle en mesure d’intervenir si le niveau des taux se dégradait trop fortement ? C’est tout à fait possible, mais tant que la hausse reste progressive et liée aux fondamentaux, le niveau actuel ne constitue pas un danger assez important pour justifier une intervention. Il faut donc rester prudents sur les titres français., la situation pouvant se dégrader plus encore.

Ecart de rendement OAT-Bund

Source : Refinitiv, Crédit Mutuel

Marchés financiers

Le mois de septembre s’est montré à la hauteur de sa réputation

Les actions internationales ont reculé de -1,3% sur le mois (MSCI World en dollars) alors même que le Nasdaq Composite enregistrait une hausse de 1,9% en dollars, grâce à la vigueur persistante des valeurs technologiques liées à l’intelligence artificielle, ce qui a fait du secteur des technologies de l’information le seul secteur avec les biens et services de communication à progresser sur le mois. D’autres secteurs, tels que la finance, les matériaux et les biens de consommation ont perdu entre 4% et 7,5%. Cela illustre assez bien les inquiétudes concernant la fragilité du marché qui sont apparues récemment.

Performances sectorielles MSCI World – Sept 2026 (USD)

Source : Refinitiv, Crédit Mutuel

La combinaison de la hausse des prix du pétrole, d’une inflation tenace et de la remontée des taux obligataires ont pesé sur les actifs risqués. Le prix du Brent a grimpé de 16% sur le mois et de 46% sur le trimestre tandis que le rendement des bons du Trésor américains à 10 ans est passé d’environ 4,7% fin août à 5,3% fin septembre, dépassant ainsi son plus haut atteint en 2007 avant que la crise financière n’oblige la Réserve Fédérale Américaine à procéder à un assouplissement monétaire massif.

La hausse du taux sans risque renchérit le coût de financement des actifs compromettant de fait l’accès au capital pour les acteurs les plus fragiles.

Il entraine aussi une remise en question des niveaux de valorisation des actions, en particulier lorsque les investisseurs s'inquiètent de plus en plus des prévisions consensuelles de bénéfices par action. En réponse aux pressions inflationnistes, la banque centrale américaine a procédé à une hausse de taux de 25 points de base en septembre, sa première depuis 2023, en insistant sur la nécessité de faire converger l’évolution des prix vers sa cible de 2%. Cela n’a guère rassuré le marché, les rendements des bons du Trésor ont fait le reste.

Mais derrière la modeste baisse mensuelle du S&P 500 (-0,4% en dollars), la santé globale du marché s’avère de plus en plus fragile. Au cours des deux derniers mois, seuls quatre des onze secteurs du S&P 500 ont progressé, et cinq titres – Microsoft, Meta, Apple, Alphabet et Nvidia – ont généré plus de 90% des gains de l’indice depuis fin juillet.

Outre l’évolution du prix du pétrole et de la politique monétaire des principaux banquiers centraux, à court terme notre attention se portera en priorité sur les publications des résultats trimestriels des entreprises qui viennent de débuter aux Etats-Unis.

Après une croissance de 50% au deuxième trimestre la barre est à nouveau très haute pour les directeurs financiers puisque le consensus attend une croissance en hausse de 29% aux Etats-Unis pour le trimestre échu. Il en faut toujours plus pour satisfaire les attentes du marché. Ainsi certains titres ont réagi négativement malgré des publications de résultats supérieurs aux attentes à l’instar de Micron, JP Morgan ou encore Nike. Cela met en exergue un réel questionnement sur le potentiel de croissance à moyen terme des entreprises alors même que les niveaux de valorisation actuels offrent peu de marge de sûreté;

L’autre élément à surveiller concerne le calendrier des introductions en bourse, notamment celle d’Anthropic qui a déjà été retardée du fait d’un enthousiasme modéré de la part des investisseurs et ce malgré une valorisation potentielle qui avait déjà été revue à la baisse.

Également, la question le potentiel de rentabilité des investissements dans l’IA reste entière alors même que les besoins de financement s’intensifient et entrent en concurrence avec ceux d’autres émetteurs notamment les Etats souverains. Il en résulte une hausse du coût du capital pour l’ensemble des acteurs économiques, ce qui pèse sur les perspectives.

Emissions de capitaux aux Etats-Unis (% PIB)

Source : Blackrock, septembre 2026

L’intelligence artificielle a certes le potentiel d’entraîner une augmentation durable de la croissance et de la productivité, mais cette voie vers l’abondance passe par une pénurie de capitaux, de matières premières, d’énergie et de main-d’œuvre.

De fait nous adoptons une approche plus prudente à l’égard des actions dont la vigueur semble être à contre-courant de la tendance qui prévaut sur le marché obligataire.

Sans pour autant compromettre nos plus fortes convictions notamment parmi les bénéficiaires structurels de l’IA, il nous semble pertinent de diversifier le risque au sein de nos allocations en privilégiant des actifs offrant un couple rendement risque attractif tout en étant mois corrélé à cette thématique.

Ainsi, au sein de la poche actions, nous allégeons notre forte surexposition aux actions d’Asie émergente tout en restant investit sur la zone. Cette région est très exposée au secteur des semi-conducteurs qui, malgré sa forte dynamique, présente un profil de risque industriel et cyclique plus asymétrique et volatil et une forte corrélation aux indices d’actions américaines.

Au sein de la zone émergente nous avions déjà diversifié notre risque en nous exposant aux actions d’Amérique Latine qui offrent plusieurs avantages :

  • elles sont exposées au cycle actuellement porteur des matières premières ;
  • leur niveau de croissance bénéficiaire est intéressant et pourrait bénéficier des changements politiques et économiques en cours dans la région (Brésil, Chili) ;
  • leur niveau de valorisations est attractif tant en niveau absolu que relatif aux autres pays émergents ;
  • les investisseurs sont encore peu exposés à cette région qui pourrait attirer de nouveaux capitaux.

Valorisation du MSCI Amérique Latine vs. MSCI Marchés Emergents

Source : Refinitiv, Crédit Mutuel Gestion

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