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La philanthropie, nouveau terrain d’action des dirigeants d’entreprise
La philanthropie s’invite de plus en plus dans la stratégie de certains dirigeants. Gouvernance, impact local, transmission du capital : elle devient un moyen d’inscrire leurs engagements dans la durée.
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Temps de lecture : 2minutes
La philanthropie serait-elle la nouvelle passion des patrons ?
C.K : On s'est dit que c'est bien qu'une partie du capital soit au service du bien commun.
A.F : Qui a dit que les patrons ne pensaient qu'au business ?
Pour certains dirigeants, la réussite ne se limite pas au bilan comptable de leur entreprise. Elle se mesure aussi à travers l'impact laissé sur la société, les territoires ou encore l'environnement.
Alors, la philanthropie serait-elle la nouvelle passion des patrons ?
En France, la philanthropie connaît un essor considérable. On compte désormais 6 040 fondations et fonds de dotation en activité, soit une augmentation de 59% en 10 ans.
Au-delà des fonds de dotation, cette croissance est portée par la création de fondations dites « abritées », auxquelles s'ajoutent notamment celles reconnues d'utilité publique.
Pour parler de tous ces enjeux autour de la philanthropie, de son impact sur la société et les territoires, je rencontre Charles Kloboukoff, fondateur et président de Léa Nature.
Bonjour Charles.
C.K : Bonjour Alexis.
A.F : Il y a quelques années, pour préparer votre transmission, vous avez fait un choix très original en créant un fonds de dotation actionnaire. Ça veut dire quoi concrètement ?
C.K : Transmettre un fonds de dotation actionnaire, c'est faire le choix de transmettre par un don d'action à une organisation à but non lucratif. Donc en fait, moi j'ai fait le choix de faire don, il y a quatre ans, de 10% de mes actions de la holding de contrôle de Léa Nature. Je vais faire progressivement d'autres apports et j'ai signé un testament comme quoi le jour où je ne serai plus de ce monde-là, au plus tard, le fonds de dotation sera actionnaire de la majorité de la holding (traduction : société mère) de contrôle de compagnie Léa Nature.
A.F : Pourquoi est-ce que vous avez fait ce choix ?
C.K : Eh bien, ça a été un long débat familial, intégrant effectivement mon épouse et mes enfants. L'entreprise atteignait une taille que je n'avais pas envisagée au départ, qui fait qu'elle paraissait grande, entre guillemets, pour être gouvernée par l'un de mes enfants.
Donc, du coup, on s'est dit que c'est bien qu'une partie du capital soit au service du bien commun.
A.F : À partir de quand la philanthropie devient-elle un vrai levier d'action ?
C.K : Pour nous, à partir de 2007, à partir du moment où on institutionnalise de manière contractuelle et durable notre philanthropie à travers le 1% pour la planète, ça veut dire qu'on engage des aides régulières et pluriannuelles auprès des associations.
A.F : Est-ce que vous pouvez nous parler un petit peu du 1% for the Planet (traduction : 1% pourcent pour la planète) ?
C.K : Ça consiste à, quel que soit le bénéfice, à donner 1% du périmètre d'activité. Alors soit 1% du chiffre d'affaires de la totalité de l'entreprise, ce qui est assez rare, soit 1% du chiffre d'affaires d'une marque. Il y a à peu près 450-500 associations qui sont donc certifiées par le fonds de dotation 1% for the Planet (traduction : 1% pour la planète) en France, mais aussi à l'international. Et donc ça, c'est super intéressant parce qu'on maille aussi géographiquement plein d'actions auprès des territoires. Et pour nous, c'est quelque chose d'important de cultiver ce sentiment de proximité. Il n'y a rien de plus concret que d'avoir une action d'une association locale, pas très loin de chez soi.
A.F : Est-ce que vous avez des exemples de projets que vous avez aidés localement ?
C.K : On a évidemment des actions de protection des milieux marins, puisqu'on est en front de mer, que ce soit avec la Surfrider Foundation depuis plus de 20 ans, que ce soit avec ECOMER, qui est une association locale rochelaise, qui vise aussi à recycler tout ce qui est utilisé dans les parcs à huitres pour l'élevage des moules, etc. Donc c'est souvent des choses assez concrètes en fait, qui sont en local.
Et c'est vrai qu'on a fait ce choix-là, il y a une quinzaine, une vingtaine d'années, on soutenait des grandes ONG, mais dont une grande partie du budget partait en communication pour faire de la sensibilisation. Et donc, ça a son utilité évidemment, mais on a préféré, nous, des actions locales et des associations qui œuvrent sur le terrain.
A.F : Merci Charles.
C.K : Merci à vous Alexis.
A.F : Finalement, ce que nous enseigne le parcours de Charles Kloboukov, c'est qu'il est possible de mettre le bien commun au centre de ses projets. En choisissant l'actionnariat philanthrope, le dirigeant ne transmet plus seulement un capital, il transmet une vision de long terme ancrée dans les territoires.
En 2025, la France compte 6 040 fondations et fonds de dotation1 en activité, soit une hausse de 59% en dix ans2. Parmi les formes d’engagement qui se développent figurent les fondations abritées3, qui permettent de soutenir des causes d’intérêt général dans un cadre structuré. C’est dans cet écosystème que s’inscrit Charles Kloboukoff, fondateur et président de Léa Nature4, dont la fondation est abritée par la Fondation de France, elle-même reconnue d’utilité publique.
Repenser la réussite
Pour Charles Kloboukoff, la réussite entrepreneuriale ne se mesure pas uniquement à la croissance de l'entreprise. Elle se traduit aussi par sa contribution sociale et environnementale. « C’est important qu'une partie du capital soit au service du bien commun », résume-t-il.
Cette conviction se reflète dans la manière de concevoir l’activité. « Notre entreprise a évidemment une vocation économique à créer de l'emploi, à investir, à créer des biens, mais aussi et surtout à maîtriser son impact et à l'orienter », explique-t-il.
Cette vision se traduit concrètement dans la structure du capital du groupe, avec la création d’un fonds de dotation actionnaire destiné à préserver son indépendance et ses engagements dans le temps.
Transmettre autrement
« Transmettre à un fonds de dotation actionnaire, c'est faire le choix de transférer, par une donation d'actions, la propriété de ses titres à une personne morale à but non lucratif », explique Charles Kloboukoff. Ce choix est irrévocable et scelle une renonciation définitive à la transmission patrimoniale et familiale des actions concernées. Ce fonds de dotation détient aujourd’hui 20% de la holding de contrôle, après deux donations successives de 10%. À terme, il a vocation à devenir l’actionnaire majoritaire. Ce choix implique aussi une réflexion sur la transmission. « Cela a été un long débat familial intégrant mon épouse et mes enfants, poursuit-il. Ils ont accepté l'idée. »
Des engagements ancrés dans les territoires
Au-delà de la transmission, la philanthropie de Léa Nature se traduit également par des actions de terrain. Depuis 2007, le groupe participe à 1% for the Planet, un dispositif qui vise à consacrer 1% du chiffre d’affaires du périmètre concerné à des projets environnementaux. 23,2 millions d'euros ont ainsi été reversés à plus de 2800 projets et 1200 associations depuis 20075.
Le groupe soutient ainsi des initiatives d’intérêt général, notamment portées par des associations locales. « Il n'y a rien de plus concret que d'avoir une action d'une association pas très loin de chez soi », souligne le dirigeant.
À travers ces différents dispositifs, Charles Kloboukoff défend une conception de l’entreprise dans laquelle l’engagement ne se limite pas à redistribuer une partie des bénéfices. Il s’inscrit aussi dans la détention du capital, les choix de gouvernance et la préparation de l’avenir. Une manière de faire de la philanthropie non plus une activité parallèle, mais un levier pour ancrer durablement son engagement au service du bien commun.