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Flash marchés. 05 novembre 2020

Point marchés financiers. 05 novembre 2020.

Aux États-Unis, les chances de victoire de Joe Biden avancent avec le dépouillement qui se déroule sans heurt, ce qui participe à la confiance sur les marchés d'actions. Vainqueur dans le Michigan et le Wisconsin, le candidat démocrate n'a plus que quelques points de retard sur Donald Trump en Pennsylvanie alors qu'il maintient son avance dans le Nevada (ce qui pourrait lui suffire). Pour le président sortant, la seule issue semble être légale dorénavant alors qu'il conteste depuis le début les votes par correspondance. Joe Biden est donc en passe de conquérir la Maison Blanche mais le parti démocrate risque d'échouer dans sa conquête du Sénat, ce qui signifie que les points les plus clivants de son programme ne pourront pas être mis en œuvre. Ceci se reflète sur les taux souverains américains qui ont lourdement chuté alors que l'espoir d'une relance budgétaire massive s'estompe. Pour la Fed, qui se réunit aujourd'hui, cela implique de maintenir une politique monétaire accommodante durant encore de longs trimestres. En Europe, le contrôle de l'épidémie reste au cœur des préoccupations alors que l'Italie a annoncé un nouveau tour de vis dans le nord et que la France y réfléchit également. L'impact sur la croissance sera majeur, ce qui se reflètera dans les prévisions économiques de la Commission européenne publiées aujourd'hui. Pour la Banque d'Angleterre, l'urgence est telle qu'elle a décidé d'agir en augmentant son programme d'achats d'actifs tout en maintenant ses taux directeurs inchangés.

Joe Biden face à un Congrès divisé, un scénario de plus en plus probable. L'évolution des décomptes dans la nuit confirme celle de la journée d'hier : J. Biden devrait pouvoir l'emporter compte tenu de sa victoire actée dans le Michigan et le Wisconsin alors que son avance se maintient dans le Nevada (ce qui suffirait pour obtenir les 270 grands électeurs) et il pourrait même l'emporter en Pennsylvanie dont les résultats probablement connus vendredi. D'ici là, D. Trump continuera à activer les moyens dont il dispose pour tenter de limiter les décomptes et de demander un recompte dans certains États. L'Arizona est également au cœur de la bataille juridique qui se lance puisque l'État est certes donné à Joe Biden mais de nombreux votes restent à être comptabilisés. Nous conservons l'hypothèse d'une phase d'incertitude seulement temporaire, en lien avec le ton agressif de D. Trump, avant une officialisation de la victoire de J. Biden ces prochaines semaines. Les investisseurs semblent déjà acter cette victoire sans heurt, comme en témoigne la poursuite du mouvement haussier sur les marchés d'actions et la rechute du dollar depuis hier matin.

Pour autant, les marges de manœuvre du futur président, notamment sur le plan budgétaire, seront très limitées du fait du Congrès divisé qui se dessine, avec des conséquences très importantes notamment pour les marchés financiers. Concernant les marchés obligataires, enterrer le « grand chelem bleu » correspond à la fin des paris « inflationnistes » qui s'étaient renforcés ces dernières semaines dans le sillage de la relance massive anticipée. Concernant les marchés d'actions, il s'agit de modifier les perspectives concernant le verdissement de l'économie, des modifications des taux d'imposition ou encore à une régulation plus forte dans le secteur de la santé. En effet, les démocrates pourraient conserver la Chambre des représentants compte tenu de l'évolution du dépouillement ces dernières heures, mais la majorité restera faible. À l'inverse, au Sénat, les Républicains semblent en mesure de conserver leur majorité. L'équilibre y est actuellement à 48 sièges de chaque côté mais dans trois des quatre sièges restants, le candidat républicain dispose d'une avance confortable (y compris dans l'élection « spéciale » de Géorgie dont le résultat ne sera connu que début janvier suite à un 2ème tour). La perte de la présidentielle devrait renforcer les positions conservatrices des élus républicains quant à l'usage de l'argent public. Cela limitera l'ampleur des accords budgétaires à venir, même si M. McConnell, le responsable républicain de l'actuel Sénat (réélu), a confirmé la nécessité de valider ces prochaines semaines une relance en lien avec la crise sanitaire. La dernière proposition de son camps tablait sur 500 mm $, en temps de campagne, et il semble difficile d'envisager plus (une hypothèse que nous avions déjà retenue). D'ailleurs, maintenant que les postures de campagne sont derrière nous, il s'agira de voir comment les élus réagiront face à l'accélération très rapide des contaminations. Des fermetures devraient intervenir en cette fin d'année et l'arrivée probable de Joe Biden le 20 janvier pourrait renforcer une position plus dure encore dans le courant 2021 (pénalisant le chemin de reprise).

Cet élément relatif à la relance est crucial pour la Fed qui se réunit ce soir. Comme la BCE, elle appelle toujours de ses vœux un renforcement des aides budgétaires. Celles-ci seront très limitées dans le scénario qui se profile et la Fed devra acter de telles perspectives, et avec elles des pressions toujours baissières sur l'inflation. Ce soir, l'incertitude est encore trop importante pour tabler sur un renforcement des outils mais la communication devrait rester très prudente, d'autant que la situation sanitaire se dégrade rapidement. Actuellement, le rythme des achats de dette souveraine s'établit à 80 mm $ par mois et la Fed se laisse toujours la possibilité d'en faire plus ou d'ajuster la composition. Avec un tel scénario politique elle sera surtout contrainte de rester très accommodante plus longtemps, ce qui participe à la faiblesse actuelle et à venir des taux longs américains, et se reflète également sur ceux européens.