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Conjoncture et marchés

Panorama économique

Faut-il s'attarder sur les chiffres macroéconomiques qui seront publiés prochainement, relatifs à l'évolution de la croissance mondiale au deuxième trimestre ? Il ne fait aucun doute que de nombreux pays vont enregistrer une chute historique de leur PIB sur cette période. Celle-ci est la conséquence directe de la pandémie qui a obligé les gouvernements à confiner partiellement, voire totalement, l'ensemble de leur population pendant plusieurs semaines. Une grande partie de la production, des services et de la consommation s'est donc arrêtée brutalement, provoquant ainsi l'une des plus graves récessions de l'histoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais pour autant, ces faits sont déjà acquis pour les économistes. Leurs regards sont aujourd'hui tournés vers le redressement économique depuis la réouverture progressive des économies. Il s'agit d'anticiper à quelle vitesse l'activité se normalisera. Les spécialistes observent dans un premier temps les données dites à « haute fréquence » telles que les déplacements des personnes, l'utilisation des cartes bancaires, les réservations d'hôtels ou de restaurants. Ces premiers indicateurs montrent une amélioration sensible de la vie économique dans le monde occidental. Une évolution logique après des semaines de confinement, que l'on avait déjà pu constater en Chine après la maîtrise de la pandémie.

L'analyse des indices avancés dans un second temps confirme effectivement le redressement rapide des affaires. C'est ainsi que l'indice PMI composite en Europe, qui regroupe le secteur manufacturier et celui des services, atteint 48,5 en juin après avoir connu son point bas en avril dernier à 13,6. Il reste encore sous la barre symbolique des 50 points, matérialisant le retour de la croissance, mais l'amélioration du rythme des affaires est réelle et devrait se poursuivre en juillet. Outre-Atlantique, les données de l'emploi sont rassurantes. Alors que le mois d'avril s'était soldé par une flambée du taux de chômage (14,7%), suite à la perte de plus de 20 millions d'emplois, les chiffres s'améliorent depuis cette date. Un record depuis la création de la série en 1939 a même été enregistré au mois de juin avec 4,8 millions d'américains qui sont retournés au travail, permettant au taux de chômage de retomber à 11,1%.

La reprise économique est donc véritablement enclenchée dans tous les pays, y compris dans ceux où la pandémie continue de s'étendre. Faut- il pour autant déjà anticiper un scénario de normalisation rapide de l'activité ?

Rien n'est moins sûr à ce jour, et ceci pour plusieurs raisons :

  1. La première d'entre elles est fortement liée à l'évolution du Covid-19, notamment aux États-Unis. En effet, ce pays a été touché à retardement et obligé de prendre des mesures de confinement, notamment dans l'État de New-York. Mais après un début de déclin de la propagation du virus, de nombreuses autorités, sous la pression de Donald Trump, ont décidé de mettre fin aux mesures de distanciation sociale et de blocage de l'activité. La pandémie est repartie de plus belle, et les chiffres quotidiens sont inquiétants. À ce jour, ce sont plus de 60 000 nouveaux cas détectés par jour dans tout le pays, avec une recrudescence alarmante en Californie et dans les États du sud. Dans ces conditions, la question d'une absence de contrôle de la contamination est légitime avec des conséquences négatives sur l'activité du pays. D'autres zones géographiques continuent également à lutter contre la maladie, notamment au sein des pays émergents comme l'Inde.
  2. Si quelques pans de l'activité profitent pleinement du déconfinement, d'autres secteurs continuent de souffrir des restrictions de mouvement et de rassemblement orchestrées par de nombreux États. Il est certain que le tourisme (avec d'éventuelles conséquences collatérales sur l'hôtellerie et le luxe), l'aéronautique (et tous ses sous-traitants), l'événementiel... devront faire preuve de patience avant de retrouver les niveaux d'activité de 2019.
  3. Enfin, les entreprises auront également besoin de temps pour effacer les cicatrices de la crise. Face à la perte de chiffre d'affaires, elles doivent prendre des mesures pour maîtriser leur endettement et préserver leur trésorerie. L'ajustement pourrait se faire par l'absence d'embauches à la rentrée et la réduction des investissements. Des éléments qui devraient peser sur la capacité des pays développés à retrouver rapidement un PIB comparable à celui qui a précédé la crise sanitaire. Cette inquiétude est exprimée dans des études de spécialistes, qui montrent que les États-Unis mettront au minimum deux ans à effacer la récession du premier semestre 2020 (cf. graphique ci-dessous).
Prévisions sur la croissance américaine lors des prochains trimestres
Prévisions sur la croissance américaine lors des prochains trimestres. Sources : BEA, WSJ, Aurel BGC - 08 07 20.

Le scénario d'un redressement économique progressif n'est cependant rendu possible que par la diligence des autorités politiques et monétaires.
Ces premières sont intervenues précocement, ayant encore à l'esprit la crise financière de 2008. Il était obligatoire de sauvegarder le système bancaire, et de permettre aux États les plus fragiles (l'Italie par exemple) de continuer à se refinancer à un coût raisonnable. Les banquiers centraux ont donc lancé des plans de rachats d'actifs obligataires massifs (voire même des actions au Japon !) afin de maintenir les taux long terme sur des niveaux historiquement faibles. Cela s'est traduit par une « explosion » de leur bilan comme le montre le graphique ci-dessous. Les gouvernements ont également joué un rôle important en mettant en place des plans de soutien de l'activité, qui se transforment en ce moment en plans de relance globaux, sectoriels (automobile, aéronautique, construction...) ou thématiques (santé, digitalisation, transition écologique...).

Évolution des bilans des banques centrales en mlds $
Évolution des bilans des banques centrales en mlds $ (Exane - BNP - 01 07 20).

Marchés Financiers

La reprise observée sur les marchés financiers en mai s'est prolongée lors des premières séances de juin. Malgré un effritement à partir du 8 juin pour les marchés européens, ces derniers avaient suffisamment pris d'avance en début de mois pour afficher de nouveau une progression mensuelle.

Alors que la pandémie continue de sévir dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis, les investisseurs semblent faire l'impasse sur le risque d'une seconde vague pouvant provoquer une rechute de l'activité. Ils ne retiennent que l'idée d'une rapide sortie de récession dès le troisième trimestre. Celle-ci semble en effet plausible dans un environnement monétaire et budgétaire particulièrement favorable, avec des taux d'intérêt au plus bas historique et des liquidités abondantes générées par les Banques centrales.

Pour autant, les opérateurs de marché semblent aussi faire preuve d'une relative prudence sur les niveaux actuels. Les volumes de transaction se sont réduits lors des dernières séances, et l'indice représentatif de la volatilité (le VIX) est certes largement revenu sous ses points hauts du mois de mars, mais il reste cependant encore éloigné de son niveau habituel. Par ailleurs, l'or, valeur refuge par excellence, vient de dépasser la barre des 1 800 $ l'once, et se rapproche rapidement du record historique de 2011 ;

Par ailleurs, les grandes valeurs technologiques américaines continuent de caracoler en tête des palmarès des performances. Ce sont elles qui soutiennent l'indice S&P 500, dont l'évolution depuis le début de l'année n'est que modestement négative. L'indice Nasdaq composite enregistre presque quotidiennement un record historique qui s'explique par la forte hausse des fameuses valeurs désignées par l'acronyme GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) auquel vient se rajouter Netflix (cf. graphique ci-dessous). Dans un autre secteur plus traditionnel, mais qui s'appuie néanmoins sur le côté disruptif d'un modèle économique, la société Tesla se distingue avec une capitalisation boursière de plus de 250 mds $, supérieure à celle du groupe Toyota qui a vendu 10,74 millions de véhicules en 2019, alors que le constructeur américain n'a « écoulé » que 368 000 véhicules. Une performance qui ravit son spectaculaire président Elon Musk, qui a profité de l'occasion pour mettre en vente des shorts, en référence aux spéculateurs qui pariaient sur une forte baisse du titre en vendant l'action à découvert (short en anglais). À chacun son humour !

Écart de performance entre le S&P 500 ajusté des GAFAM + Netflix et un indice constitué exclusivement des GAFAM + Netflix
Écart de performance entre le S&P 500 ajusté des GAFAM + Netflix et un indice constitué exclusivement des GAFAM + Netflix. (Source : Aurel BGC - 08 07 20).