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Flash marchés. 13 novembre 2020

Point marchés financiers. 13 novembre 2020.

Les espoirs de moyen terme liés au vaccin se heurtent de plein fouet à la réalité de court terme marquée par la seconde vague épidémique dans l'hémisphère nord, ce qui a pénalisé les indices actions des deux côtés de l'Atlantique hier.

Aux États-Unis, la situation continue de se dégrader menaçant le rebond économique. Les taux souverains ont lourdement chuté en réaction d'autant que les discussions entre les républicains et les démocrates sur le plan de relance sont parties sur de mauvaises bases, chacun campant sur ses positions d'avant élections.

Cette situation a incité Jérôme Powell a adopté un ton très prudent lors de son intervention au forum de la BCE, mettant en avant la nécessité pour les banques centrales de rester présentes.

Ce constat a été partagé par Christine Lagarde qui a rappelé l'importance de maintenir des politiques monétaires accommodantes pour réduire l'impact de la seconde vague.

En Europe, cette dernière commence à reculer mais la baisse des contaminations est encore insuffisante pour réduire les contraintes sanitaires.

Jean Castex a indiqué hier le maintien du confinement et la seule évolution envisagée dans 15 jours est la réouverture des commerces non essentiels.

Les banques centrales loin de pouvoir se retirer.

Lors de leur intervention commune, Christine Lagarde, Jerome Powell et Andrew Bailey ont affiché leur prudence face à l'épidémie et ses conséquences économiques.

Tous les trois ont salué l'annonce d'un vaccin en pointant la réduction des risques de moyen terme tout en rappelant que cela faisait partie des scénarios de référence.

Ils se sont par ailleurs focalisés sur les risques liés à la nouvelle vague de contaminations qui frappe leur pays respectif.

Le choc économique à venir provoqué par les contraintes sanitaires nécessite une réaction sans faille des autorités.

Ils ont appelé de leurs vœux des mesures budgétaires coordonnées avec celles des banques centrales.

Il est donc nettement trop tôt pour envisager le moindre retrait de leur part.

Au contraire, Christine Lagarde a une nouvelle fois insisté sur l'importance de donner de la visibilité aux agents économiques pour éviter qu'ils n'adoptent des comportements nuisibles pour la croissance économique.

Les banques centrales vont donc maintenir tous leurs outils en l'état ou les renforcer.

Pour la BCE, ceci ne concerne pas seulement les achats d'actifs via le programme PEPP, mais probablement aussi les opérations de refinancement à bas coût pour les banques (TLTRO) alors que la prise de parole du membre estonien a illustré plus clairement encore l'intérêt de l'institution européenne BCE pour cet outil.

De plus, les banques centrales devraient insister sur la nécessité de s'inscrire dans la durée afin de réduire les conséquences de long terme de cette crise.

Tous sont préoccupés par les pertes d'emplois, la baisse du taux de participation, le sous-investissement qui pourraient dégrader le potentiel de croissance et donc la capacité de remontée des taux souverains à moyen terme.

Selon les estimations de la Fed, le taux réel d'équilibre américain aurait chuté de plus de 50 pb durant la 1ère vague.

La vigueur de la reprise américaine en péril face aux risques sanitaire et économique.

Le virus circule très activement aux États-Unis alors que le pays enregistre des records quotidiens de nouveaux cas (plus de 100 000 nouvelles contaminations journalières depuis huit jours consécutifs et plus de 65 000 malades hospitalisés).

Si la proportion de cas graves est inférieure au niveau de la première vague (50% de décès en moins pour l'instant mais en phase d'accélération), cette troisième vague porte les chiffres d'infection au coronavirus au quadruple de ceux du printemps, ce qui contraint de nouveaux États à renforcer les mesures restrictives, comme dans l'État de New York (fermeture anticipée à 22h des établissements servant de l'alcool) ou à Chicago (restrictions de déplacement à partir de lundi pour 2,7 m d'habitants).

La dégradation des indicateurs sanitaires pèsera sur la vitesse du rebond économique dans le pays, d'autant qu'aucun accord n'est trouvé au Congrès autour de la relance budgétaire.

Les désaccords persistent en effet au sujet du montant à déployer entre les élus républicains (proposition à 500 mm$) et démocrates (2 200 mm$), mais des avancées dans les discussions pourraient se produire au cours de la lame duck session.

Ces éléments ont participé au mouvement de regain d'aversion au risque de la séance d'hier et ont contribué à la baisse des marchés d'actions et des taux souverains de part et d'autre de l'Atlantique, mais nous considérons que les démocrates devront revoir leur proposition de relance à la baisse pour espérer accrocher la Géorgie aux élections sénatoriales et trouver un compromis pour préserver la dynamique de reprise de la croissance, alors que la Fed restera durablement en soutien.

Ces mesures de relance sont essentielles pour permettre à l'économie américaine de ne pas rechuter de manière trop brutale au cours des prochains mois.

Les dernières données concernant le marché du travail témoigne d'un essoufflement de la reprise avec des demandes d'allocations chômage qui ne baissent que très lentement.

La hausse du chômage menace le redressement de la consommation d'autant que les aides spéciales sont arrivées à échéance et que la prolongation exceptionnelle des allocations cessera à la fin de cette année.

Étant donné que les ménages ont joué un rôle clé dans le rebond économique (les investissements et les exportations ont un cran de retard), toute dégradation de leur situation s'accompagnera d'un recul des perspectives de croissance.

De plus, une rechute de la demande renforcée par les contraintes sanitaires pèsera sur l'inflation alors que les données CPI du mois d'octobre montrent un ralentissement de la partie sous-jacente à 1,6%.

En Europe il est trop tôt pour baisser la garde.

Si les indicateurs de contaminations montrent des premiers signes favorables d'inflexion de l'épidémie (à l'exception toutefois notable de l'Italie), les États européens restent très prudents compte tenu d'un taux d'activité élevé dans les hôpitaux et de l'approche de Noël, un enjeu aux conséquences économiques fortes mais aussi très politiques s'il faut maintenir des mesures restrictives élevées durant cette période.

Hier, le ministre allemand de la Santé Jens Spahn en a donné une illustration claire : celui-ci considère que les mesures prises en Allemagne ne seront probablement pas levées avant la fin de l'hiver, indiquant également que la tenue d'évènement avec plus de 10 ou 15 personnes lui paraissait peu probable.

Si les mesures appliquées en Allemagne sont moins restrictives qu'en France, dans l'Hexagone non plus, le temps de la réouverture n'est pas encore arrivé.

Comme attendu, la prise de parole hier soir du Premier ministre Jean Castex a maintenu en l'état les règles jusqu'au 1er décembre au moins et n'a donné que des perspectives assez réduites d'amélioration des mesures restrictives au-delà de cette date.

Si la tendance favorable se poursuit, le seul axe d'ajustement pourrait être la réouverture des commerces non essentiels (hors restaurants, bars, hôtels et salles de sport).

Les déplacements seraient toujours limités puisque l'attestation dérogatoire resterait d'actualité.

Dans ce contexte, le potentiel d'amélioration pour la perte d'activité par rapport à celle de novembre, estimée à -20% par Bercy et -12% par la Banque de France, ne serait limité qu'à quelques points de pourcentage.

Nous publierons prochainement nos ajustements de scénario de croissance qui intégrerons une réduction plus marquée encore de la taille du PIB en rythme séquentiel en France au t4-2020, et avec ensuite un rebond plus progressif en début d'année (compte tenu d'un déconfinement qui sera beaucoup plus prudent qu'au début de l'été) avant que les perspectives de déploiement d'un vaccin et des plans de relance ne viennent porter plus intensément l'activité.